Traité d'athéologie - Michel Onfray

Traité d'athéologie - Michel Onfray

Publié le 5 mars 2014 - Donne ton avis

Michel Onfray, philosophe français, est né en 1959 à Argentan (Orne). Il a enseigné la philosophie au Lycée Technique privé catholique Sainte-Ursule à Caen de 1983 à 2002. Influencé par Nietzsche, Epicure, l'Ecole cynique grecque et les matérialistes français comme La Mettrie, il défend une approche de libre-penseur, rationaliste, hédoniste et athée.
Photo de profil de Superdoc
Fiche rédigée par
Superdoc
7 téléchargements

Ce document est-il utile ?

-- / 20

Contenu de ce document de Français > Fiche lecture

I. Résumé



Onfray commence par constater que, malgré les assauts de philosophes comme Nieztsche, Dieu n'est pas mort. Sa soi-disant mort entame un nouveau règne caché. L'auteur déploie donc ses attaques envers les "arrière-mondes" qui évitent de se confronter au "monde réel". Il vise les "profiteurs embusqués" des trois monothéismes (judaïsme, christianisme, islam), qui manipulent les populations de croyants en les assignant à des règles morales qu'ils ne respectent pas eux-mêmes.

Le texte s'articule en quatre parties. La première, "Athéologie", illustre la thèse suivante : "Dieu met à mort tout ce qui lui résiste. En premier lieu la Raison, l'Intelligence, l'Esprit critique". Onfray déplore une non-pensée de l'athéisme, désignée par des termes privatifs (a-thée, ir-réligieux etc...) et refoulée comme la culture de l'autre. La culture occidentale a condamné les "esprits forts", les a mis à l'index, exclus des sciences et des savoirs, même depuis Epicure qui dût faire face aux accusations d'athéisme. Ces dernières ont touché de nombreux croyants dont la foi fut jugée comme non conforme, beaucoup furent torturés, brûlés.

Cette violence s'accompagne d'un oubli : "L'historiographie dominante occulte la philosophie athée". De toutes les philosophies athées, celle de Nietzsche a davantage marqué les esprits, et pour Onfray il faut pousuivre ce travail dans le monde contemporain, faire une "archéologie du sentiment religieux", enseigner le "fait athée" afin "d'entamer une ère post-chrétienne". Car si l'époque actuelle n'est pas vraiment athée, elle demeure nihiliste et demeure en réalité prise dans une episteme judéo-chrétienne qui empêche qu'une véritable laïcité advienne. La deuxième partie, "Monothéismes", décrit la façon dont les monothéismes sont animés par une pulsion de mort, condamnant l'exercice de l'intelligence, soumettant et codifiant les comportements corporels, prônant l'obéissance.

Onfray montre que les grands livres saints ont été constitués puis érigés en vérité universelle, engageant dans le même temps la destruction des livres prohibés. Dans le christianisme ce fut à partir de Paul de Tarse, personnage sinistre qui ne connut pas le Christ, dont il a partiellement dévié l'enseignement. De même, les fatwas lancées contre des philosphes arabes conduisirent à la destruction d'ouvrages. En revanche, si les juifs furent victimes d'autodafés, ils n’en firent pas eux-mêmes.

La promotion de Livre(s) unique(s) se fit donc au détriment des sciences et savoirs païens : la condamnation des hypothèses matérialistes (comme celles de l'atomisme grec) s'accompagne d'un discrédit des morales matérialistes. Onfray illustre l'idée que l'évolution des savoirs fut toujours le fait d'individus rebelles, cependant que les religions engendraient un monde fictif rempli de créatures fantasques (chérubins, anges ou démons) . Il leur reproche enfin d'avoir toujours dénié aux femmes l'accès aux savoirs et aux libertés.

La troisième partie, "Christianisme", débute sur la présentation de Jésus envisagé comme un personnage conceptuel (expression qu'Onfray emprunte à Gilles Deleuze) c'est à dire quelqu'un ("la construction nommée Jésus") qui cristallise sur lui l'aspiration messianiste du premier siècle, époque d'effervescence millénariste où fourmillaient nombre de prophètes. L'essentiel fut une "volonté juive contre le pouvoir romain". La construction des Ecritures par les apôtres, qui ne connurent pas Jésus en direct, recyle les usages anciens des écritures païennes, si on fait la comparaison des textes évangéliques avec ceux de Diogène Laerce par exemple.

Paul de Tarse prit sa revanche en déployant les éléments absents chez le Christ, notamment la haine du corps. Enfin, la voie fut ouverte lors de la conversion de Constantin, qui inaugure l'Etat totalitaire chrétien. Par la suite, comme le rappelle Onfray, destructions et condamnation des mondes païens transformèrent l'Histoire en bain de sang (plusieurs millions de personnes ont péri sous le joug des divers systèmes inquisitionnels).

Dans la quatrième partie, "Théocratie", le philosophe montre que les livres saints "bénéficient d'un statut d'extraterritorialité historique" et forment des "corpus contradictoires" dans lesquels chacun peut justifier sa thèse à partir d'un prélèvement. A partir de ces justifications potentielles, si la bonté s'illustre, ce sont malheureusement tous les maux de l'Histoire (autodafés, holocaustes, ethnocides) qui ont pu se déployer.

L'esprit de corps se manifeste, "les juifs disposent de leur Alliance, les chrétiens de leur Eglise, les musulmans de leur Umma", les guerres saintes sont menées, y compris celle de Hitler qui dans Mein Kampf se montre bon chrétien anti-juif... Les juifs avaient commencé, inaugurant le concept de guerre totale pour conquérir la Palestine. Alliances jusqu'aujourd'hui où l'Eglise catholique, qui n'excommunia aucun nazi mais au contraire quelques philosophes comme Sartre et Beauvoir, a soutenu les actions des Hutus au Rwanda et organisé les filières d'exfiltration des criminels de guerre hors d'Europe.

Augustin, sanctifié par l'Eglise, n'avait-il pas inventé le concept de "persécution juste" ? L'équipage de l'Enola Gay, avant de larguer sa bombe atomique sur Hiroshima, n'a-t-il pas été béni par le Père Georges Zabelka ? Enfin Onfray examine la question de l'esclavage, promu par les trois monothéismes, en mentionnant que l'on doit à l'islam l'invention du commerce des esclaves. Puis il termine en montrant que ce sont les chrétiens qui remportent la palme en matière de destruction massive des civilisations et des peuples tout au long de l'histoire.

II. Analyse



Tout l'ouvrage tend à promouvoir l'insoumission, l'exercice de l'esprit critique et la rationalité occidentale. Pour Onfray, il faut débusquer l'episteme judéo-chrétienne qui se cache dans les formes de cléricalismes athées (unions rationalistes, franc-maçonneries, christianisme philosophique), ainsi que "déconstruire" les trois monothéismes qui se sont manifestées comme théocraties criminelles. Il milite pour une laïcité post-chrétienne, une éradication de toute forme de totalitarisme, mais avec quels moyens ? Car, dit-il, "On ne combat pas le monothéisme aujourd'hui avec les armes de la République de Gambetta". Aussi faut-il "déchristianiser" la politique et l'éthique.

L'ouvrage, qui n'apportera pas d'éléments nouveaux aux historiens qui connaissent bien la question, est utile au grand public pour renvoyer dos à dos les grands systèmes religieux qui se rangent toujours aux côtés du pouvoir et n'illustrent pas en actions les valeurs qu'ils défendent dans les livres saints. Plus qu'un livre de philosophie, c'est un parcours rapide et polémique en histoire des idées et des faits pour engager le lecteur à développer son esprit d'indépendance intellectuelle envers tout système religieux. L'ouvrage contient une bibliographie indicative et critique, commentée avec précision.

III. Biographie de l'auteur



Michel Onfray, philosophe français, est né en 1959 à Argentan (Orne). Il a enseigné la philosophie au Lycée Technique privé catholique Sainte-Ursule à Caen de 1983 à 2002. Influencé par Nietzsche, Epicure, l'Ecole cynique grecque et les matérialistes français comme La Mettrie, il défend une approche de libre-penseur, rationaliste, hédoniste et athée. Il a publié une cinquantaine d'ouvrages dont certains soulèvent des polémiques, comme c'est le cas pour le Traité d'athéologie (2005). En 2002 il a démissionné de l'enseignement pour fonder l'Université populaire de Caen ; en 2004, il a publié la Communauté philosophique, sorte de manifeste écrit pour cette fondation.

A l'enseignement de la philosophie, qu'il juge trop classique et partial, il propose des alternatives et oriente ses écrits en fonction d'une contre-histoire de la philosophie : défricher des questions et des textes que d'ordinaire on n'aborde pas. 

3 commentaires


Valentin.L
Valentin.L
Posté le 21 févr. 2016

Doc interssant !

Valentin.L
Valentin.L
Posté le 21 févr. 2016

je ne comprend pas pourquoi vos doc sont systématiquement décalé ..

martin3737
martin3737
Posté le 31 janv. 2016

merci pour cette fiche !

Il faut être inscrit pour télécharger un document

Crée un compte gratuit pour télécharger ce document

Je m'inscrisOU

J'ai déjà un compte

Je me connecte