Effroyables jardins par Michel Quint

Effroyables jardins par Michel Quint

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Publié le 30 janv. 2014 - Donne ton avis

Michel Quint auteur d'effroyables jardins est né le 17 novembre 1949 à Leforest dans le Nord-Pas de Calais. Professeur de lettres classiques, il a enseigné au Lycée Baudelaire de Roubaix et quitté l'Education Nationale en 2009.


Écrivain et auteur de pièces radiophoniques (notamment pour France Culture), il a publié de nombreux ouvrages et anime une chronique littéraire à la télévision (Nord Pas de Calais). Le travail de l'intrigue est un de ses points forts : auteur de romans noirs, il a obtenu en 1989 le Grand Prix de littérature policière pour Billard à l'étage (adapté au cinéma en 1996 par Jean Marboeuf).


Parmi ses romans littéraires les plus connus, Effroyables jardins (publié en septembre 2000) a rencontré le plus grand succès, à la fois réalisé en pièce de théâtre et porté à l'écran en 2003.

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I. Résumé


Effroyables jardins est un récit intimiste, douloureux et tendre, écrit d'un seul tenant, dans lequel le narrateur aborde un épisode de la Seconde guerre mondiale qui faillit coûter la vie à son père.


L'ouverture du livre commence par une énigme : la présence d'un clown-auguste mal maquillé et tout dépenaillé venu attendre Maurice Papon à la sortie de son procès pour crimes contre l'humanité. Juste retour de l'histoire, qui débute au Palais de justice de Bordeaux, et dont nous ne comprenons que progressivement le sens.


Une première partie pourrait s'intituler "Dérision". Le narrateur confie sa honte d'enfant : il ne pouvait supporter de voir son père, instituteur bien aimé de ses élèves, tenir un rôle tragi-comique de clown raté aux différentes goûters ou fêtes pour enfants auxquels il était appelé. Ce clown d'infortune, "samouraï de fer-blanc" si ridiculement équipé, l'enfant pressent qu'il raconte autre chose que des pitreries, mais quoi ? Il rentre parfois ivre et semble tenir à cœur ce rôle ambigu, que l'auteur appelle "minableries". Grinçant, comme l'est aussi l'ambiance des fins de repas de famille, où les attitudes bonhommes semblent cacher quelque chose, le "plaisir morbide d'un chagrin secret".


Le second épisode du récit pourrait s'appeler "La confession". Le cousin Gaston vend la mèche au narrateur, peut-être bien sur la demande du père, à l'issue d'un film (Le Pont) sur la Seconde guerre mondiale que la famille au complet est allée voir. Dans ce récit de Gaston, le père et le cousin deviennent les protagonistes d'un épisode glorieux qui aurait pu tourner au tragique. Là, tout devient plus sérieux, c'est la confession d'un jardin secret, le secret "des fêlures de mon père". La scène se passe fin 1942 début 1943. Gaston et le père se sont engagés dans la Résistance. Ils sont chargés du sabotage du transformateur de la gare de Douai, tâche qu'ils accomplissent haut la main.


Très rapidement, ils sont pris, non pas comme auteurs de l'explosion du transfo, mais comme "otages" pour que la pression engage les coupables à se désigner. Ils sont conduits dans une ancienne carrière d'argile et descendus au fond d'un trou dans lequel attendent, compagnons d'infortune, deux autres hommes. Les quatre hommes se connaissent, ils sont d'accord pour se serrer les coudes, croient plusieurs fois leur fin arrivée, mais on ne les exécute pas pour autant. Leur gardien, être clownesque, se montre progressivement comme un frère humain qui leur apporte réconfort et nourriture.


Le récit aborde alors une sorte d'insertion qu'on pourrait nommer "Fraternités". C'est que nous est dévoilé, en dépit de l'absurdité de la guerre et des représailles hasardeuses, la valeur des relations humaines, les histoires de rancune et d'amitié. On apprend en effet que les quatre hommes doivent leur "dénonciation" à des gendarmes qui se sont vengés : les quatre "otages", footballers amateurs, appartenant à la même équipe, avaient gagné un tournoi en 1939 au détriment de l'équipe soutenue par les gendarmes (révélation qui leur est faite à la fin de la guerre). Mais on assiste aussi aux échanges entre les prisonniers et leur gardien qui, entre deux grimaces et pitreries, les encourage dans les moments de doute. Il leur conseille de ne pas s'entre-déchirer, de ne pas désigner de "victime expiatoire", de rester bien soudés et garder espoir. D'ordres en contre-ordres, les voilà tous les quatre libérés sans comprendre ce qui a occasionné leur relâche. Une fois sortis de leur trou, leur gardien leur apprend que, dans la vraie vie, c'est un clown, un auguste. Les quatre hommes sont graciés, mais déportés dans un centre de tri près de Cologne, centre dont ils finissent par s'échapper.


La dernière partie du récit est un dénouement qui rend manifeste les différents écheveaux des événements. Les hommes doivent leur vie au fait que, lors de l'explosion du transformateur, ils ont gravement blessé sans le savoir un employé qui se trouvait dedans. Celui-ci, presque mourant, a fini par se "dénoncer" comme auteur du sabotage. Après leur libération, les survivants vont présenter leurs honneurs à la jeune veuve, qui devient par la suite l'épouse du cousin Gaston. Fin du récit de Gaston. L'histoire reprend pied à l'issue du film le Pont : l'auteur du film n'est autre que le fameux gardien-clown...


L'épilogue n'est pas loin. On apprend l'identité du narrateur, un haut-fonctionnaire européen de la Commission des finances : il vient de rater un rendez-vous avec son père, brutalement décédé d'une crise cardiaque alors qu'ils devaient s'embrasser sur le quai de la gare à Lille, dans le parcours que le fils accomplit à bord du TGV entre Bruxelles et Bordeaux. Notre héros-narrateur, endeuillé, est en effet sur le point d'assister au procès de Papon. Il décide alors de reprendre le rôle de l'auguste. Tout le récit, tourné comme une farce triste, aboutit à ce jugement historique d'un homme criminel, le fameux Papon, qui sans cesse tente de faire le pitre, prêt à l'impossible pour transformer son procès en mascarade.


II. Analyse


Le ton de l'ouvrage, ainsi que la langue employée (familière, assez argotique) indique une façon de vouloir rester proche de l'auditeur-lecteur du récit, comme celui que ferait un père à son fils. C'est certainement un ouvrage sur la transmission : des valeurs, des affects, des secrets. Mais toujours avec le désir de ne pas verser dans le pathos, tenter de prendre la juste distance avec le jardin secret et douloureux, qui n'est jamais qu'un épisode dans la trame de l'histoire humaine (ici, la Seconde guerre mondiale), elle-même conçue comme une farce tragique.


A cet égard, l'auguste, personnage central, est là pour témoigner du rôle de l'impertinence et de la bouffonnerie. Il assume un contre-pouvoir, illustre tout ce qui relève de la fraternité, par exemple les liens inattendus entre l'allemand et les prisonniers, mais aussi le lien caché qui leur sauve la vie (l'employé endosse volontairement une faute qu'il n'a pas commise). Il va jusqu'à chercher le "contact" avec le criminel de guerre, autre clown, blafard et autoritaire comme le clown blanc qui traditionnellement soumet l'auguste à son pouvoir. La justice, elle-même bouffonne, et son appareil de défense, refoulent l'auguste (le fils déguisé) qui veut se présenter à l'audience dans la peau de son père. Ainsi, historiquement, l'espoir n'est pas permis, voilà le message. Une secrète culpabilité ronge peut-être encore les protagonistes, puisqu'ils n'ont jamais vraiment payé leur dette.


Le livre abrite donc une théorie de la dette, annoncée en début d'ouvrage : elle ne peut être payée que par un clown survivant et meurtrier à la fois. Elle ne peut être payée que par un être caché. C'est alors que nous prend le doute : Papon n'est-il pas de ce fait désigné lui aussi comme un clown cachant et payant la dette de plus haute autorité que lui, le système infernal qui l'a engendré ?

Sous les apparences d'un récit à la fois tendre et grinçant, l'auteur livre une réflexion historique et philosophique sur la relativité des valeurs humaines. Seule est sauve la force des fraternités, même secrètes.


Il faut souligner que le film issu du livre prend quelques libertés avec le texte (notamment l'affaire Papon et son contexte sont éliminés du décor), et présente un ton beaucoup plus léger que le livre.


1 commentaire


Alleviens
Alleviens
Posté le 30 janv. 2014

Merci pour cette fiche de lecture sur l'auteur Michel Quint, elle est courte mais très bien faite avec l'essentiel, donc c'est parfait ! Merci

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