Le chant des pistes de Bruce Chatwin

Le chant des pistes de Bruce Chatwin

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Publié le 25 févr. 2014 - Donne ton avis

Bruce Chatwin, écrivain britannique, est né près de Sheffield dans le Yorkshire en 1940 et mort à Nice en 1989. Il fait un premier voyage seul, en Suède, à l'âge de treize ans. Embauché à dix-huit ans chez Sotheby's, une grande salle de vente londonienne, il excelle dans l'expertise des oeuvres d'art modernes et impressionnistes.

Mais un problème de vue (demeuré sans diagnostic précis) l'oblige à quitter ce métier. Il suit le conseil de son médecin : "partir pour aller contempler de vastes paysages" et entame un long périple au Soudan. Il accomplit ainsi son destin d'écrivain-voyageur. Passionné par la pratique et l'étude du nomadisme qu'il pense essentiel à la nature première de l'homme, il a écrit plusieurs ouvrages dont "En Patagonie" (1977) qui a reçu le Prix Hawthornden.
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I. Résumé



Le livre est écrit au fil d'un voyage que Chatwin fait en terre d'Australie, dans la région native des Pintupi et Warlîri. On peut appréhender une première partie (Chap.1-12) qui est la rencontre avec le territoire australien. Un personnage local, Arkady, d'origine russe, fait découvrir à Chatwin le mystère des itinéraires chantés des Aborigènes et lui révèle "l'existence du labyrinthe de sentiers invisibles" sillonnant tout le territoire.

Au fur et à mesure de ses déplacements, Chatwin donne au lecteur une vue sur un monde bigarré où se croisent des européens venus chercher l'aventure ou les richesses et des autochtones qui se remettent lentement du violent processus de colonisation. Parmi eux le vieux Nakumurra, propriétaire coutumier d'une vaste zone proche d'une station d'élevage, et qui bloque l'avancée des travaux pour l'établissement d'une ligne de chemin de fer. Le lecteur est rapidement mis au courant de la résistance que les Aborigènes opposent à la curiosité des étrangers à leur égard, et il comprend non seulement les enjeux politiques de ces résistances, mais encore les enjeux de survie pour les peuples autochtones.

On apprend, lors d'une discussion avec l'un d'entre eux, la conception qu'ont les indigène des échanges économiques et symboliques : un "jeu gigantesque dans lequel tout le continent serait la table de jeu et les habitants les joueurs". A la fin de cette partie, le décor est placé.

Dans la deuxième partie de l'ouvrage (Chap.13-26) la réflexion sur la culture indigène semble s'approfondir, en particulier à partir d'un échange entre l'auteur et le Père Terence qui vit sa spiritualité dans une quasi-pauvreté, tout en demeurant favorable aux autochtones, touché par leur intelligence et leurs facultés d'adaptation au monde moderne. Chatwin nous fait alors partager ses lectures, notamment Chants de l'Australie centrale, ouvrage de Strehlow, un australien d'origine allemande qui fut élevé par une nourrice indigène de l'ethnie Aranda. Le lecteur commence à naviguer entre plusieurs dimensions : celle de la culture aborigène, de la culture anthropologique et toujours le hasard des rencontres avec des personnages locaux.

On apprend alors le malheur qui abîme le désert australien : les traces laissées par les essais nucléaires de Maralinga. Chatwin tisse ensemble les dimensions mythiques et quotidiennes, pour initier le lecteur à la mnémotechnique particulière des chants australiens, en relation avec la géographie des lieux : "le profil mélodique du chant décrit la nature du terrain sur lequel l'ancêtre est passé". Mais ce tissage de deux dimensions rend également manifeste le genre de syncrétisme réalisé par les aborigènes pour harmoniser les éléments culturels en présence.

Une troisième partie (Chap. 27-39) située dans la région de Cullen, aborde la problématique de l'éducation et de la transmission des valeurs ancestrales par l'entremise des arts et des initiations, tout en décrivant des indigènes vivant dans des conditions précaires. L'auteur rédige alors un ensemble d'aphorismes concernant une réflexion d'ordre général sur le nomadisme, dépassant le cadre australien et intégrant ses voyages antérieurs.

Chatwin s'accorde avec Robert Burton pour penser que "le voyage (...) est un remède contre la mélancolie, c'est à dire contre la dépression causée par la sédentarité". Sa pensée se poursuit vers l'interrogation des origines humaines, lors du "terrible bouillement des espèces" ; il s'interroge sur les instincts humains et l'évolution de l'humanité : comment l'homme devint-il un prédateur, comment s'impose-t-il des limites ? Après une étrange méditation qui tente de reprendre tout le parcours historique des cultures dans leurs différences, attaché à les décrire comme prises dans l'aura de leurs propres mythologies, l'auteur achève le livre sur son retour mélancolique vers la ville de Alice Spring.

II. Analyse



Dans cet ouvrage, les éléments d'histoire et d'anthropologie sont donnés sur un ton presque léger, par l'entremise de dialogues vivants et pris dans des situations de voyage comme "en direct". L'écriture est presque picturale ou cinématographique, organisée sous forme de plans courts, de façon à croquer des scènes sur le vif.

La réflexion s'approfondit par touches, entre humour et tendresse, ce qui permet de faire accéder le lecteur aux questions qui animent l'auteur en lui laissant construire sa propre approche. Au niveau du contenu, l'approche thématique du nomadisme des Aborigènes australien est une façon d'aborder la problématique des cultures spoliées par l'occidentalisation. On voit vivre les indigènes de près, avec leurs difficultés et leurs liens, leur lutte et leur désir de transmettre.

L'auteur s'intègre dans le récit comme un des personnages, notamment dans les dialogues, mais il garde également un espace spécifique pour sa propre réflexion qui chemine en même temps que son parcours géographique s'accomplit. Ainsi, il dessine un parcours mythique personnel à l'intérieur du grand parcours mythique des ancêtres australiens. La profonde indépendance de Chatwin est actualisée par cette technique d'écriture qui rend le livre très fluide, laissant présager la relation que l'auteur entretient avec son propre destin.

Lui qui a écrit une Anatomie de l'errance semble cependant chercher ce qui fait le mystère du lien, et s'il réalise à l'intérieur du livre une sorte de cahier d'aphorismes personnels, extraits de notes des voyages précédents, c'est aussi pour tenter de relier en lui les diverses questions qui l'animent. Enfin, la présence constante des thématiques archéologiques et originelles complètent la vision que nous pourrions avoir d'un voyage qui se déroulerait uniquement au temps présent. Chatwin n'est pas seulement un écrivain-voyageur, il est aussi esthète et philosophe, cherchant l'essence humaine sous ses manifestations multiples.

Ainsi, les lignes chantées qu'il suit sont semblables aux alignements de pierres qui le fascinent, situés à la surface de toute la terre comme des méridiens sensibles. On s'aperçoit alors que l'auteur développe une pensée de forme analogique pour laquelle le voyage devient une forme de métaphore.

III. Biographie de l'auteur



Bruce Chatwin, écrivain britannique, est né près de Sheffield dans le Yorkshire en 1940 et mort à Nice en 1989. Il fait un premier voyage seul, en Suède, à l'âge de treize ans. Embauché à dix-huit ans chez Sotheby's, une grande salle de vente londonienne, il excelle dans l'expertise des oeuvres d'art modernes et impressionnistes. Mais un problème de vue (demeuré sans diagnostic précis) l'oblige à quitter ce métier. Il suit le conseil de son médecin : "partir pour aller contempler de vastes paysages" et entame un long périple au Soudan. Il accomplit ainsi son destin d'écrivain-voyageur. Passionné par la pratique et l'étude du nomadisme qu'il pense essentiel à la nature première de l'homme, il a écrit plusieurs ouvrages dont "En Patagonie" (1977) qui a reçu le Prix Hawthornden.

2 commentaires


Ciboulo
Ciboulo
Posté le 25 févr. 2014

grâce à ce document j'ai pu rédiger ma fiche de lecture sans problèmes ! MERCI à vous !

Ciboulo
Ciboulo
Posté le 25 févr. 2014

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