Angelo, tyran de Padoue - Victor Hugo

Angelo, tyran de Padoue - Victor Hugo

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Publié le 8 janv. 2014 - Donne ton avis

Représenté pour la première fois en 1835, Angelo Tyran de Padoue est un drame romantique de Victor Hugo mettant en scène l’histoire d’Angelo, amant de Tisbe et mari trompé qui décide de la mise à mort de sa femme.

 

L’extrait étudié se situe au début de la pièce et constitue un monologue d’Angelo qui exprime à Tisbe les difficultés relatives à son statut de gouverneur de Padoue.
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Introduction

 

Nous nous pencherons dans un premier temps sur l’angoisse du personnage face à la menace de l’inquisition pour mieux étudier ensuite la portée critique de cet extrait qui se veut une dénonciation du système politique mis en place dans l’ Italie du 19ème siècle.

 

I) Un homme de pouvoir soumis à la pression

 

a) Une menace terrifiante et invisible

 

Aussi puissant soit-il, Angelo n’en est pas moins soumis à un pouvoir encore plus grand que le sien dont la menace permanente le terrasse : « Tout absolu que je suis, au-dessus de moi, voyez-vous Tisbe, il y a une chose grande et terrible, et pleine de ténèbres, il y a Venise. » Le caractère terrifiant de cette menace est mis en évidence par l’adjectif « terrible » mais aussi le recours à l’indétermination. En effet Angelo est soumis à « une chose ».

 

L’emploi du générique « Venise » n’apporte pas beaucoup plus de précision et renforce l’impression d’un flou angoissant. Tout au long du texte, l’accent est mis sur l’omniprésence de cette menace qui reste cependant invisible. Les images de la nuit et des passages secrets jalonnent le texte. Cette invisibilité ajoute à l’angoisse du personnage qui se senti épié sans pouvoir identifier clairement ses ennemis.

 

Ces derniers sont nombreux comme le permet de le constater la reprise du groupe nominal « des hommes ». L’article indéfini souligne une fois encore l’anonymat de ces personnes, cachées parmi la foule : « Des hommes qui n’ont ni simarre, ni étole, ni couronne, rien qui les désigne aux yeux. ». Masqués aux yeux de la foule, ils œuvrent avec discrétion, arpentant les « alcôve[s] », les « couloir[s] secret[s] » et les « corridor[s] ténébreux ». Rien ne permet de les distinguer des autres mais leur pouvoir est dévastateur comme en témoigne le champ lexical de la mort et de l’horreur qui traverse le texte : « sbires », « bourreaux », « condamnés », « exécuté », « bourreau », « échafaud », « meurt », « disparait », « puits »…

 

b) La paranoïa du personnage

 

La menace à laquelle est soumis Angelo le pousse à une méfiance extrême qui vire à la paranoïa. L’invisibilité de l’inquisition l’encourage à croire qu’elle se cache partout : « des agents partout, des sbires partout, des bourreaux partout. » L’effet de répétition marque l’aliénation mentale du personnage qui se sent épié en permanence : « Le valet qui me sert m’espionne, l’ami qui me salue m’espionne, la femme qui me dit : je t’aime-oui, Tisbe-, m’espionne. » Angelo verse dans l’excès et se méfie de tout le monde La pression qu’il supporte est si intense qu’il n’en trouve pas le sommeil : « Souvent, la nuit, je me dresse sur mon séant, j’écoute, et j’entends des pas dans mon mur. » Même alors qu’il se confie à Tisbe, Angelo lui enjoint de parler bas : « Parlons-en bas Tisbe. ». Le texte est traversé par le champ lexical de la surveillance : « écoute », « surveille », « secret », « trahisseur », « agents ». Les dernières lignes du texte montrent la folie qui menace Angelo : « Mettez un ouvreur seul dans une cave et faites lui faire une serrure, avant que la serrure soit finie, le conseil des Dix en a la clef dans sa poche. »

 

c) Un dilemme moral

 

Au-delà de la crainte que lui inspire l’inquisition, Angelo est mis à la torture en raison du dilemme moral auquel il est confronté. Dans les premières lignes du texte, il fait part à Tisbe de l’immense pouvoir dont il dispose : « oui je puis tout ici, je suis seigneur, despote et souverain de cette ville, je suis le podesta que Venise met sur Padoue, la griffe du tigre sur la brebis ». L’accumulation de termes relatifs à son statut de puissant semble placer Angelo au-dessus du commun des mortels.

 

Comparant son pouvoir à la griffe d’un tigre, il a droit de vie et de mort sur le peuple de Padoue. Pourtant cette puissance enchaîne Angelo qui n’est pas libre d’en disposer comme il le souhaite. Il se qualifie ainsi « Tyran de Padoue, esclave de Venise » Sous la peur d’être exécuté, il suit les ordres du conseil des Dix et emploie son pouvoir à la tyrannie et à la cruauté : « J’ai mission de dompter Padoue. Il m’est ordonné d’être terrible. Je ne suis despote qu’à condition d’être tyran. » Angelo est soumis comme en témoignent les tournures passives du textes : « Ceci est sur moi », « Il m’est ordonné ». Ecrasé sous les obligations, son pouvoir n’est qu’une illusion qui le condamne à agir avec dureté. La cruauté dont il doit faire preuve lui est douloureuse et il exprime ses regrets à Tisbe : « Ne me demandez pas la grâce de qui que ce soit, à moi qui ne sait rien vous refusez, vous me perdriez. » La tentation de faire preuve de clémence est grande mais impossible pour Angelo qui redoute plus que tout la vengeance de l’inquisition: « Tout m’est permis pour punir, rien pour pardonner ».

 

II) La dénonciation de la société de l’époque

 

En se confiant à Tisbe, comédienne loin de la vie politique, le personnage d’Angelo s’adresse symboliquement au public de son époque. Victor Hugo tente par ce procédé d’éclairer les spectateurs en dénonçant le système politique mis en place en Italie au 19 ème siècle.

 

a) Venise, une ville double

 

Sous le faste apparent des célébrations permanentes qui animent la ville, Venise cache une réalité plus sombre : « Du reste, bals, festins, flambeaux, musiques, gondoles, théâtres, carnaval de cinq mois, voilà Venise. » La ville est ainsi séparée en deux mondes bien distincts : celui du folklore joyeux correspondant aux clichés touristiques et celui des manigances politiques.

 

Angelo marque cette différence lorsqu’il déclare à Tisbe « Vous Tisbe, ma belle comédienne, vous ne connaissez que ce côté-là ; moi sénateur, je connais l’autre. » La structure de cette phrase scindée en deux par un point-virgule symbolise l’opposition entre ces deux mondes.

 

b) L’encouragement à la dénonciation

 

La paranoïa d’Angelo est alimentée par le système de dénonciation mis en place à cette époque en Italie. En effet, le héros fait allusion aux « mornes bouches de bronze, toujours ouvertes sous les porches de St Marc […] et qui parlent cependant d’une façon bien terrible car elles disent à tout passant : dénoncez ! » Les ouvertures de bronze auxquelles Angelo fait référence étaient spécialement conçues pour que le peuple y dépose des dénonciations anonymes.

 

Le héros considère cette installation comme une invitation aux dénonciations, quitte à ce que ces dernières soient fausses ou seulement motivées par des « vengeances personnelles ». Juge silencieux, le peuple de Venise est susceptible d’anéantir Angelo qui se sent pris au piège.

 

c) Le règne de la terreur

 

Le système de délation mis en place semble régir une société alimentée par la terreur. Des hommes agissant dans l’ombre pratique régulièrement le crime et font disparaître les indésirables : « A Venise, on ne meurt pas sur l’échafaud, on disparaît. Il manque tout à coup un homme dans une famille. Qu’est-il devenu ? Les plombs, les puits, le canal Orfano, le savent. ».

 

Venise est donc un monde violent où personne n’est à l’abri de la disgrâce et des sanctions les plus terribles. L’inquisition est une véritable police de la pensée qui règne grâce à la terreur générale qu’elle inspire. C’est un monde de soumission où la liberté n’a pas de place.

 

Conclusion

 

C’est par l’intermédiaire d’un monologue puissant et emporté que Victor Hugo nous donne à voir l’expression d’une figure politique en proie à l’angoisse la plus terrible. Despote lucide sur sa situation, Angelo est aliéné par sa propre puissance qui le contraint à une angoisse perpétuelle : celle d’être exécuté par l’inquisition. Le vif sentiment d’oppression qui ressort de ce texte renforce le tragique de la situation et sensibilise les spectateurs à l’horreur d’une société régie par la peur et la délation.

1 commentaire


Alleviens
Alleviens
Posté le 8 janv. 2014

Super document sur cette oeuvre de Victor Hugo ! Merci

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