Condition de l'homme moderne Hannah Arendt

Condition de l'homme moderne Hannah Arendt

20.00 / 20
Publié le 9 janv. 2014 - Donne ton avis

La Condition de l’homme moderne est un ouvrage philosophique, écrit par Hanna Arendt et paru en 1958. Tout au long de cet essai, elle confronte ses idées à d’autres grands noms de la philosophie : Locke, Bentham, Hobbes, Marx, Engels, Smith, Aristote, Platon, etc.


Dans le prologue, Hanna Arendt évoque principalement deux bouleversements récents dans la vie de l’homme. Elle souligne d’abord que le XXe siècle a pour la première fois vu l’homme conquérir l’espace. L’homme témoigne ainsi de son désir de s’émanciper de sa condition terrestre, mais aussi d’une foi dans la religion diminuant au profit des avancées scientifiques (sécularisation).


Elle aborde en second lieu l’automatisation du travail qui amène un constat paradoxal. Elle est censée représenter un progrès pour faire baisser la pénibilité du travail. Cependant, elle entraîne une sorte d’aliénation où l’homme s’oublie au profit du travail.


Extrait : « L’époque moderne s’accompagne de la glorification théorique du travail et elle arrive en fait à transformer la société tout entière en une société de travailleurs. […] C’est une société de travailleurs que l’on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. »

Photo de profil de Superdoc
Fiche rédigée par
Superdoc
19 téléchargements

Ce document est-il utile ?

20 / 20

Contenu de ce document de Français > Fiche lecture

Les principaux thèmes développés


La conquête de l’espace et l’automatisation du travail Dans le prologue, Hanna Arendt évoque principalement deux bouleversements récents dans la vie de l’homme. Elle souligne d’abord que le XXe siècle a pour la première fois vu l’homme conquérir l’espace. L’homme témoigne ainsi de son désir de s’émanciper de sa condition terrestre, mais aussi d’une foi dans la religion diminuant au profit des avancées scientifiques (sécularisation). Elle aborde en second lieu l’automatisation du travail qui amène un constat paradoxal. Elle est censée représenter un progrès pour faire baisser la pénibilité du travail. Cependant, elle entraîne une sorte d’aliénation où l’homme s’oublie au profit du travail.


Extrait : « L’époque moderne s’accompagne de la glorification théorique du travail et elle arrive en fait à transformer la société tout entière en une société de travailleurs. […] C’est une société de travailleurs que l’on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. »


La condition humaine


L’auteur retrace en premier lieu trois activités distinctes relevant de la condition humaine : le travail, l’œuvre et l’action. Elle compare et évalue les vertus de la vita activa et de la vita contemplativa et constate que plusieurs thèses estiment en priorité la vita contemplativa. En revalorisant les trois activités de la vita activa (le travail, l’œuvre et l’action) Hannah Arendt souligne l’aspect fondamental de la quête d’immortalité chez les hommes. Cette quête s’exprime tant par son héritage familial, la natalité (l’action), que par ses ouvrages physiques (travail, œuvre).


Extraits : « Je prétends seulement que l’énorme prestige de la contemplation dans la hiérarchie traditionnelle a estompé les distinctions à l’intérieur de la vita activa elle-même et, qu’en dépit des apparences, cet état de choses n’a pas été essentiellement modifié par la rupture moderne d’avec la tradition ni ensuite par l’inversion de sa hiérarchie chez Marx et chez Nietzsche. »


« Le devoir des mortels, et leur grandeur possible résident dans leur capacité de produire des choses – œuvres, exploits et paroles – qui mériteraient d’appartenir et, au moins jusqu’à un certain point, appartiennent à la durée sans fin, de sorte que par leur intermédiaire les mortels puissent trouver place dans un cosmos où tout est immortel sauf eux. »


Le domaine public et le domaine privé


Hanna Arendt considère que l’homme vit en société – l’homme est un animal social - et qu’il se définit ainsi. Si ce n’était pas le cas, il ne serait qu’un simple animal laborans, un homme travaillant dans un monde qu’il serait le seul à construire. L’auteur explique nos difficultés à comprendre ce qui relève du domaine privé et du domaine public en raison du passé. Dans la Grèce antique, l’homme était un animal politique, l’action et la parole étaient des actions politiques, puis ces deux actions se séparèrent et la parole a été mise en avant. L’avènement du social a notamment modifié la conception du privé.


Aujourd’hui ce qui est privé relève de l’intimité. La société induit des comportements à suivre, une norme, un conformisme et empêche la réalisation d’actes plus spontanés, une certaine forme de liberté. Elle distingue en outre les deux acceptions du mot « public » : d’un côté que tout peut être visible et connu de tous, et de l’autre que le monde en lui-même est commun à tous. Le privé peut ainsi à la fois relever de ce qui est privé dans le sens où nous sommes privés des choses essentielles et dans celui de la propriété privée.

Certaines choses ont donc besoin d’être privées, cachées du public, et d’autres d’être montrées, vues du public. Hannah Arendt distingue ainsi l’action comme une activité relevant du public et le travail et l’œuvre comme étant privés.


Extraits : « Car si le monde commun offre à tous un lieu de rencontre, ceux qui s’y présentent y ont des places différentes, et la place de l’un ne coïncide pas plus avec celle d’un autre que deux objets ne peuvent coïncider dans l’espace. Il vaut la peine d’être vu et d’être entendu parce que chacun voit et entend de sa place, qui est différente de toutes les autres. Tel est le sens de la vie publique. »


« Vivre une vie entièrement privée, c’est avant tout être privé de choses essentielles à une vie véritablement humaine. »


Le travail


L’œuvre est une action traversant les générations, tandis que le travail est périssable. Il est destiné à être consommé pour suivre le cycle de la consommation, mais aussi pour assurer la vie et toutes ses exigences (se nourrir, se chauffer, etc.). Hannah Arendt craint que l’abondance résultant de la société de consommation n’entraîne la fusion de l’œuvre et du travail et conteste que la lutte contre la pénibilité du travail puisse nous libérer de notre nécessité de travailler. Elle estime que le travail doit être perçu différemment, qu’il s’agit d’un besoin vital que nous devons l’accepter avec joie. Ce constat permet selon elle de maintenir distincts le travail et l’œuvre, l’un voué à la vie et l’autre à l’immortalité.


Extraits : « C’est, en effet, la marque de tout travail de ne rien laisser derrière soi, de voir le résultat de l’effort presque aussitôt consommé que l’effort est dépensé. »


« La condition humaine est telle que la peine et l’effort ne sont pas simplement des symptômes que l’on peut faire disparaître sans changer la vie ; ce sont plutôt les modalités d’expression de la vie elle-même, en même temps que de la nécessité à laquelle elle est liée. »


« La poursuite universelle du bonheur et le malheur généralisé dans notre société (ce sont les deux faces d’une même médaille) sont des signes très précis que nous avons commencé à vivre dans une société de travail qui n’a pas assez de labeur pour être satisfaite. »

L’œuvre


L’œuvre, à la différence du travail, dure et est immortelle. Hannah Arendt conçoit son élaboration dans le domaine privé pour qu’elle devienne ensuite exposée au public. Lorsqu’un objet devient public, il peut être mesuré sur sa « valeur », le fait d’être visible et estimable aux yeux de la société le rend objet marchand. L’auteur développe encore sa crainte que le travail et l’œuvre ne parviennent plus à être distingués. Les outils et les machines à disposition du travail et de la société de consommation devraient être au service de l’homme. Cependant, c’est l’homme qui finit par se soumettre à leurs contraintes.


Extraits : « On déplore souvent la perversion des fins et des moyens dans la société moderne, où les hommes deviendraient les esclaves des machines au lieu de les mettre au service des besoins humains : c’est se plaindre de la situation de fait de l’activité de travail. »


« La valeur est la qualité qu’un objet ne peut jamais posséder dans le privé, mais qu’il acquiert automatiquement dès qu’il paraît en public. […] Autrement dit, les valeurs, par opposition aux choses, aux actes, aux idées, ne sont jamais les produits d’une activité humaine spécifique ; elles apparaissent lorsque ces produits sont entraînés dans la relativité instable des échanges entre les membres de la société. »


« “Accomplir de grandes actions et dire de grandes paroles” ne laisse point de trace, nul produit qui puisse durer après que le moment aura passé de l’acte et du verbe. Si l’animal laborans a besoin de l’homo faber pour faciliter son travail et soulager sa peine, si les mortels ont besoin de lui pour édifier une patrie sur terre, les hommes de parole et d’action ont besoin aussi de l’homo faber en sa capacité la plus élevée : ils ont besoin de l’artiste, du poète et de l’historiographe, du bâtisseur de monuments ou de l’écrivain, car sans eux le seul produit de leur activité, l’histoire qu’ils jouent et qu’ils racontent, ne survivrait pas un instant. »


L’action


L’homme est capable d’action, d’innover de manière unique, à sa façon et selon sa volonté. L’action est fragile : elle se situe dans un contexte social dans lequel elle va avoir des répercussions et il se peut qu’elle n’atteigne pas son objectif initial. La philosophe met en évidence les procédés pour échapper à ce caractère aléatoire. Cependant, elle considère que l’action doit être vue dans le domaine public, car sinon elle n’est pas visible et ne peut être vouée à l’immortalité. L’homme doit avoir le courage, notamment face au totalitarisme, de prendre la parole sans suivre le conformisme ambiant, mais en éclairant sur sa propre opinion. Ce sont ses actes individuels qui le définiront. La tyrannie est l’apanage de la solitude et le besoin de puissance entraîne la violence.

La crainte de la déresponsabilisation massive des individus, noyés par un espace public oppressant, peut être résolue selon Arendt par le pardon et l’imprévisibilité. La naissance donne l’espoir du renouveau et de l’imprévisibilité, elle permet d’accéder à l’immortalité. Le pardon, lui, dépend de plusieurs individus. Celui qui doit être pardonné doit son salut à celui qui a la faculté de le pardonner. L’un n’allant pas sans l’autre. Extraits : « Mais une vie sans parole et sans action […] est littéralement morte au monde ; ce n’est plus une vie humaine, parce qu’elle n’est plus vécue parmi les hommes. »


« Dans les conditions de la vie humaine il n’y a d’alternatives qu’entre la puissance et la violence – contre la puissance la force est inutile – violence qu’un homme seul peut exercer sur ses semblables et dont un homme seul ou quelques hommes peuvent acquérir les moyens et posséder le monopole. » « L’uniformité qui règne dans une société basée sur le travail et la consommation, et qui s’exprime dans le conformisme, est intimement liée à l’expérience somatique du travail en commun, où le rythme biologique du travail unit le groupe de travailleurs au point que chacun d’eux a le sentiment de ne plus être un individu, mais véritablement de faire corps avec les autres. »


La vita activa et l’âge moderne


L’auteur analyse pourquoi la condition de l’homme moderne aboutit à son aliénation. Le progrès scientifique, notamment l’invention du télescope qui a permis d’observer la situation inattendue de la Terre au sein de l’espace, ou même la découverte de la pesanteur, a entraîné le doute. Une croyance fondamentale ayant été contredite, les hommes se sont moins voués aux religions qu’aux doutes et aux questionnements. La vérité d’un temps n’étant pas forcément celle du suivant. La religion a amené la croyance de la vie éternelle, mais le progrès a apporté la sécularisation des idées. L’homme n’ayant plus en tête la quête de l’immortalité, la trace qu’il laisse aux générations suivantes devient moins importante à ses yeux. Ce constat peut mener l’humanité à l’inaction, à l’inertie. Hannah Arendt qu’en plus de l’œuvre et l’action, la pensée pourrait nous ramener à cette fondamentale quête d’immortalité.


Extraits : « Ce n’est pas l’aliénation du moi, comme le croyait Marx, qui caractérise l’époque moderne, c’est l’aliénation par rapport au monde. » « Car ce qui distingua le plus nettement la nouvelle conception du monde, non seulement celle de l’antiquité et du moyen âge, mais aussi celle de la Renaissance affamée d’expérience, ce fut l’idée qu’une même sorte de force extérieure dût se manifester dans la chute des corps terrestres et dans les mouvements des corps célestes. »


« Historiquement, il est plus que probable que la victoire du christianisme dans le monde antique a été due pour une bonne part à ce renversement qui apportait l’espérance à ceux qui savaient leur monde condamné, espérance à vrai dire inouïe puisque le message leur promettait une immortalité qu’ils n’avaient jamais osé espérer. »


« On peut parfaitement concevoir que l’époque moderne – qui commença par une explosion d’activité humaine si neuve, si riche de promesses¬ – s’achève dans la passivité la plus inerte, la plus stérile que l’Histoire ait jamais connue. »


1 commentaire


Alleviens
Alleviens
Posté le 9 janv. 2014

Ce livre est une pure merveille ! Il faut le lire pour la culture Générale.

Il faut être inscrit pour télécharger un document

Crée un compte gratuit pour télécharger ce document

Je m'inscrisOU

J'ai déjà un compte

Je me connecte