Journal d'ethnographe de Bronislaw Malinowski

Journal d'ethnographe de Bronislaw Malinowski

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Publié le 7 févr. 2014 - Donne ton avis

Le Journal, en grande partie écrit en polonais, présente deux parties, l'une rédigée en 1914-15, l'autre en 1917-18. Plusieurs petits cahiers composaient ce journal découvert dans les papiers de l'ethnographe après sa mort par Félix Gross, ami et ancien étudiant de Malinowski. Extraits de ses archives personnelles à la London School of Economics où il avait étudié, les cahiers sont demeurés sous clé jusque dans les années soixante.


Sa veuve, Valetta Malinowska, s'impliqua profondément dans leur publication, notamment pour l'important travail de décryptage qu'il nécessitait. Une partie du texte, en particulier les réflexions théoriques, sont en anglais. Le Journal, qui comporte de très nombreux termes indigènes, a été rédigé au cours des séjours d'enquête en Nouvelle-Guinée, aux Iles Trobriand et aux Amphletts. Il sera publié en 1967.

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Résumé


Le Journal, en grande partie écrit en polonais, présente deux parties, l'une rédigée en 1914-15, l'autre en 1917-18. Plusieurs petits cahiers composaient ce journal découvert dans les papiers de l'ethnographe après sa mort par Félix Gross, ami et ancien étudiant de Malinowski. Extraits de ses archives personnelles à la London School of Economics où il avait étudié, les cahiers sont demeurés sous clé jusque dans les années soixante. Sa veuve, Valetta Malinowska, s'impliqua profondément dans leur publication, notamment pour l'important travail de décryptage qu'il nécessitait. Une partie du texte, en particulier les réflexions théoriques, sont en anglais. Le Journal, qui comporte de très nombreux termes indigènes, a été rédigé au cours des séjours d'enquête en Nouvelle-Guinée, aux Iles Trobriand et aux Amphletts. Il sera publié en 1967.


Dès le début, en septembre 1914, le ton est donné : l'ethnologue appréhende la solitude dans laquelle il va s'élancer, et en même temps il s'entoure d'anthropologues renommés comme Seligman, Graëbner, Radcliffe-Brown. La première guerre mondiale est très présente à leur esprit. Enfin, on comprend rapidement que la santé fragile de l'ethnologue le contraindra à des soins permanents. Malinowski, au départ de Brisbane, consigne les premières lectures qui vont accompagner sa recherche. Il arrive en Nouvelle-Guinée le 12 septembre 1914. Les paysages, scrupuleusement décrits, prennent l'importance qu'ils auront tout à long du Journal. L'ethnologue note les événements principaux qui jalonnent ce qu'il appelle sa "captivité volontaire" : rencontre avec les Blancs résidents dont certains deviendront ses amis, puis avec les premiers indigènes, mais aussi concentration dans le travail et avancée de la recherche. Il tente un moment de travailler avec un missionnaire, mais y renonce et lui devient même hostile. Partageant de plus en plus sa vie avec les indigènes et réfléchissant au sentiment d'exotisme, il se passionne rapidement pour certains aspects : les rituels funéraires, notamment.


Le Journal est non seulement le moyen de consigner les découvertes au plus près du quotidien, mais encore de se donner une discipline personnelle. "Qu'en est-il de ma vie intérieure ?" se demande le chercheur qui joint l'enquête ethnographique à l'auto-observation. Les mentions de ses états psychologiques sont d'autant plus intéressantes qu'il est le premier anthropologue à affirmer la nécessité d'être profondément immergé dans la culture indigène. Il note ainsi ces moments de "perte du sentiment de la subjectivité", de "fusion" avec la beauté des paysages, mais également il décrit sa façon d'entretenir des relations profondes avec les natifs. Malinowski est frappé par la pérennité de pratiques remontant "à l'âge de la pierre polie", et progressivement se sent investi d'une mission de témoignage envers ces groupes sociaux, d'autant plus que le passage des missionnaires, soucieux de convertir les natifs, s'accompagne de destructions des lieux sacrés. Cette parenthèse (l'exil) lui donne l'impression de se tenir hors-histoire : "J'étais assis paisiblement ici parmi des sauvages néolithiques, alors que de terribles événements se déroulaient là-bas, en Europe". C'est en mars 1915, après un voyage dans une île proche (Ile Woodlark), qu'il transcrit les premières indications qu'il reçoit de la kula, vaste système d'échanges économiques et symboliques dont il fera une description très approfondie dans son ouvrage Les Argonautes du Pacifique Occidental, paru en 1922.


La deuxième partie de l'ouvrage s'ouvre sur la mention d'un désir de donner à sa vie et à son œuvre une "dimension plus profonde". Ce cahier doit lui permettre un constant "examen de conscience". Tout en veillant à ce que le lien avec l'extérieur ne soit jamais rompu (les différents courriers qu'il échange sont tout ce qui le rattache à la "civilisation"), il s'immerge dans la société observée au point de choisir "d'abandonner tout point de vue théorique". Il rassemble alors, au fil de voyages entre les îles, les éléments d'un vaste échange intertribal (la kula) qui relie la Nouvelle-Guinée et les archipels alentours. Au cours de ces expéditions, les groupes qui échangent parcourent de très grandes distances en pirogue et viennent offrir/recevoir des objets manufacturés mais aussi des chants, des fêtes, des récits.


Cette partie du Journal contient l'importante conviction que l'ethnographe doit s'attacher au "mode de pensée" de l'indigène "en ce qu'il a d'essentiel, de plus profond". Cette approche de la différence l'engage à s'auto-interroger : "Qu'est-ce qui en nous-mêmes est essentiel ?", ce qui fait du Journal un très bel exercice d'anthropologie symétrique.


II. Analyse


La très bonne connaissance des langues indigènes a permis à Malinowski de pouvoir, comme il le souhaitait, pénétrer leur pensée et ainsi transmettre les éléments essentiels de leur culture. Par l'analyse intensive d'un exemple concret, il s'attache à comprendre les actes sociaux dans leur globalité, à trouver la signification de chaque élément social (pouvoir, religion et magie, systèmes de parenté et relations familiales étendues, échanges commerciaux, gestes techniques) en fonction de l'ensemble. Cette approche, qui a donné naissance à un courant anthropologique (le fonctionnalisme) permet de penser la cohérence d'une culture au lieu de penser cette culture comme une étape dans un processus plus vaste (comme le faisait notamment l'évolutionnisme culturel).


L'ethnographe s'efforce de comprendre le sens de ces éléments non seulement au niveau collectif (trouver le "système d'idées sociales") mais encore au niveau de chaque individu (trouver la "définition vécue des règles et des coutumes"). Il développe ainsi une forme d'humanisme par lequel il désire faire partager non pas des catégories abstraites mais "la chair de l'événement", "la palpitante réalité". Cet humanisme exige un long travail sur le terrain, un sens prudent du comparatisme, et devrait idéalement pouvoir apporter ses fruits à l'art de gouverner les hommes : "La connaissance des mœurs et coutumes d'un peuple incite à les considérer avec sympathie et à les guider conformément à leurs propres idées".


Malinowski développe dans son Journal d'importants éléments d'éthique de la recherche en anthropologie, ses principes de méthode révolutionneront l'approche traditionnelle : il défend activement l'observation participante, principe qui par la suite sera appliqué par de nombreux ethnologues. Ses connaissances en psychologie et son désir de multiplier les points de vue est au fondement de certaines avancées dans le sens de l'ethnométhodologie.


III. Biographie de l'auteur


Malinowski est un anthropologue d'origine polonaise, né le 7 avril 1884 à Cracovie et mort à New Haven (Connecticut, USA). Il étudie les sciences physiques, puis la philosophie et l'économie (Doctorat d'économie en1908). A Berlin, il étudie également la psychologie avec Wundt. Entre 1915 et 1918 il part sur le terrain et fait trois séjours sur les îles Trobriand. En Mélanésie et Nouvelle-Guinée il met au jour les éléments d'un important système d'échanges, la kula. Du point de vue de la méthode, il développe le principe de l'observation participante qui nécessite de vivre avec les indigènes pendant de longues périodes. Sa bonne connaissance de l'organisation matrilinéaire de la famille trobriandaise l'engagera à porter des critiques sur l'universalité de certaines thèses psychanalytiques, notamment le complexe d'Oedipe. A son retour en 1922, il enseigne l'anthropologie à Londres puis aux USA. Exigeant, anticonformiste, il a noué avec ses étudiants des relations proches et entretenu des relations de travail avec de nombreux anthropologues de son temps.


1 commentaire


gagnamman
gagnamman
Posté le 7 févr. 2014

Merci pour cette fiche de lecture ! elle est super !

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