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Les 4 saisons du Revest - Mise à jour : 28/02/2009
Extrait / Introduction
Article de psychanalyse sur "Ce qu'aimer veut dire" par le Docteur Michel Pouquet, psychanalyste
Extrait:
"On aimerait laisser l'amour au poête et au mystique. Si l'analyste se risque à évoquer l'amour, c'est parce que sous couvert de la beauté du mot, les bêtises s'accumulent : depuis des siècles d'ailleurs, et pour une fois nous ne mettrons pas particulièrement en accusation le monde d'aujourd'hui. Mais des bêtises qui ne sont pas inoffensives, qui engendrent souffrance et mort.
C'est pourquoi l'analyste, témoin de souffrances, de désarrois qu'aggravent un discours commun souvent stupide, se risque à évoquer devant vous le sujet, et à "chausser les pieds de plomb de la pédagogie..." (Lacan) pour introduire, dans une approche rationnelle, quelques concepts (= les mots les plus vrais dont nous disposons actuellement pour essayer de dire le réel) et tenter de dissiper la confusion dans laquelle se débat l'être humain dès qu'il s'agit de parler d'amour.
Mais il faut en parler : la seule manière de neutraliser la pulsion de mort (que l'on retrouve à l'oeuvre dans les troubles de la vie psychique, et dans les diverses formes de violence qui agitent notre société) est de l'associer à la pulsion érotique, de la mettre au service de celle-ci. Encore faut-il que cette dernière ne soit pas entravée, inhibée, comme elle l'est trop souvent, par la névrose, mais aussi - et c'est ce qui justifie mon propos - par les contre-sens du discours commun.
Nous allons donc parler du couple, du couple homme-femme, par où passe nécéssairement l'amour. En laissant de côté, est-il besoin de le préciser, les ébats érotiques des partouzes, qui permettent de satisfaire les pulsions infantiles qui persistent chez tout adulte, homosexuelles et exhibitionnistes-voyeuristes en particulier. On peut trouver là son plaisir, sûrement pas aimer.
Car c'est d'aimer qu'il s'agit. "Faites l'amour, pas la guerre !" est une jolie formule, mais simpliste : il ne suffit pas de faire l'amour, il faut savoir aimer. Or il est peu de mots aussi équivoques dans notre [...]"
Plan
Exemple de page de "Ce qu'aimer veut dire" par le Dr. Michel Pouquet
CE QU'AIMER VEUT DIRE
"La
rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu'elle fleurit"
Angelus
Silesius
On
aimerait laisser l'amour au poête et au mystique. Si l'analyste
se risque à évoquer l'amour, c'est parce que sous
couvert de la beauté du mot, les bêtises s'accumulent :
depuis des siècles d'ailleurs, et pour une fois nous ne
mettrons pas particulièrement en accusation le monde
d'aujourd'hui. Mais des bêtises qui ne sont pas inoffensives,
qui engendrent souffrance et mort.
C'est pourquoi l'analyste,
témoin de souffrances, de désarrois qu'aggravent un
discours commun souvent stupide, se risque à évoquer
devant vous le sujet, et à "chausser les pieds de plomb
de la pédagogie..." (Lacan) pour introduire, dans une
approche rationnelle, quelques concepts (= les mots les plus vrais
dont nous disposons actuellement pour essayer de dire le réel)
et tenter de dissiper la confusion dans laquelle se débat
l'être humain dès qu'il s'agit de parler d'amour.
Mais
il faut en parler : la seule manière de neutraliser la pulsion
de mort (que l'on retrouve à l'oeuvre dans les troubles de la
vie psychique, et dans les diverses formes de violence qui agitent
notre société) est de l'associer à la pulsion
érotique, de la mettre au service de celle-ci. Encore faut-il
que cette dernière ne soit pas entravée, inhibée,
comme elle l'est trop souvent, par la névrose, mais aussi ?
et c'est ce qui justifie mon propos ? par les contre-sens du
discours commun.
Nous allons donc parler du couple, du couple
homme-femme, par où passe nécéssairement
l'amour. En laissant de côté, est-il besoin de le
préciser, les ébats érotiques des partouzes, qui
permettent de satisfaire les pulsions infantiles qui persistent chez
tout adulte, homosexuelles et exhibitionnistes-voyeuristes en
particulier. On peut trouver là son plaisir, sûrement
pas aimer.
Car c'est d'aimer qu'il s'agit. "Faites l'amour,
pas la guerre !" est une jolie formule, mais simpliste : il ne
suffit pas de faire l'amour, il faut savoir aimer. Or il est peu de
mots aussi équivoques dans notre langue que le mot "amour",
de plus falsifié que ce "je t'aime" qui vous fait
frémir d'aise quand vous l'entendez de quelqu'un qui vous
plaît. Et que vous êtes prêt(e) à gober,
alors qu'il n'y a qu'à regarder autour de vous pour savoir
qu'il se prête aux manipulations les plus grossières,
qui ne trompent que celui (celle) à qui il s'adresse...
Apprenez à vous méfier. D'abord, parce qu'en général,
quand on prononce ces mots, même sincères, on ne sait
pas ce que l'on dit. Ensuite, parce qu'aimer, ça ne se dit pas
avec des mots, mais par des actes. Essayons, quitte à
bousculer vos certitudes, d'y voir plus clair.
LE PIEGE
AMOUREUX
On ne sait pas ce que l'on dit : vous avez tous été
amoureux, vous connaissez cet état merveilleux, cet
enchantement, à l'idée de voir l'autre, de s'approcher
de lui, de penser à lui, etc... Eh bien, quand vous êtes
amoureux, vous aimez une image, de quelqu'un que vous ne connaissez
pas encore, ou peu. Du temps où les jeunes avaient des
principes - ne faisaient pas l'amour avant le mariage - et avaient un
peu d'argent, ils partaient en voyage de noce, et c'était "la
lune de miel", jusqu'au moment du retour et de la reprise du
train habituel de la vie. Fini la lune de miel. Ils avaient appris à
se découvrir, à se connaître un peu intimement,
et à dépasser le stade de l'image. Ils pouvaient alors
s'aimer, aimer quelqu'un de bien réel. Ou encore avoir
découvert que l'autre ne leur plaisait pas du tout, et lui
tourner le dos. Ou enfin, déçus de ne plus sentir cet
état d'ivresse initial, tomber dans une tiédeur
désenchantée, à la limite finir par rompre. La
grande duperie qui entoure le "je t'aime" est d'abord là,
dans la
confusion
entre aimer et être amoureux.
Aimer, c'est aimer quelqu'un,
et non son image. Tout le monde tombe dans le piège, à
commencer par ce chantre de l'amour que l'on veut voir en Stendhal.
Ce qu'il appelle joliment "la cristallisation" de l'amour,
c'est l'idéalisation de l'autre qui accompagne le sentiment
amoureux. On ne veut pas voir ses défauts. Cela peut durer
longtemps, bien au-delà du voyage de noce, même après
bien des déboires, chez ceux qui ont du mal à voir la
vérité en face, et préfèrent se leurrer
par des images merveilleuses. En général, cependant,
les déboires s'accumulent, les yeux s'ouvrent, et le réveil
est douloureux.
L'exacerbation du sentiment amoureux, en
particulier lorsqu'il est contrarié, débouche sur la
passion : la difficulté avive le désir, sa
non-concrétisation fait durer l'illusion amoureuse. On connaît
la suite, et son cortège de violences, de crimes, de suicides.
Ou de vie ratée, à courir après une ombre :
ainsi de Pétrarque, amoureux de Laure, aperçue dans un
bal, qui ne s'intéressait pas à lui, dont il rêva
toute sa vie, sans pouvoir aimer les femmes qu'il rencontrait. Et il
s'en trouve pour parler encore d'amour chez ceux qui tombent dans ce
ratage, ou ces excès : "il l'a tuée par amour",
lisez-vous de temps en temps dans votre journal : un comble. Si le
mot "amour" recouvre un peu n'importe quoi, en revanche le
sentiment amoureux est un concept bien défini, un piège
éventuel dont, malgré ses charmes, on peut se
méfier.
Un mot sur le "je t'adore", que l'on
prend parfois pour un superlatif du "je t'aime". Un de mes
patients, perspicace, disait à sa femme : "je t'aime
trop" - "on n'aime jamais trop" répondait-elle.
C'est lui qui avait raison. "Aimer trop", c'est adorer.
C'est être amoureux d'une idole - donc d'une image (c'est
l'étymologie du mot), qui en général est une
réplique subliminale de celle de papa-maman. Adorer amène
à s'effacer soi-même, à se prosterner devant
l'autre, à le réduire à un statut d'objet, de
dévotion certes, mais en même temps de possession. Un
bon conseil donc - inutile bien sûr, si vous êtes sous le
charme de l'adorateur, mais qui peut servir à d'autres. Si
l'on vous dit "je t'adore", fuyez !
Qu'il s'en tienne au
"je t'aime", ou aille jusqu'au superlatif, l'amoureux voit
toujours dans l'autre un reflet - merveilleux - de lui-même. La
captation, la possession par l'image de l'autre est une relation
narcissique, en miroir. Le prototype des amoureux est Narcisse,
essayant en vain de saisir son image se reflétant dans l'eau,
et y trouvant la mort. Sans vous infliger Lacan, qui a théorisé
la chose, écoutez Platon, dont ces lignes (dans Phèdre)
sont pleines de justesse : "l'amoureux ne se doute pas qu'en
celui qui l'aime, c'est lui-même qu'il voit comme en un
miroir". Là est le piège narcissique. Vous allez
être déçu, mais c'est ainsi : quand vous êtes
amoureux, vous n'aimez en définitive que vous-même. Plus
précisément : votre image, embellie dans ce miroir
qu'est l'image de l'autre.
Vous le saisirez mieux si vous regardez
"Mort à Venise", le film de Visconti, tiré du
roman de Thomas Man. L'amoureux est ici un vieil homme, veuf, fasciné
par l'image d'un adolescent qu'il croise constamment dans les salons
de l'hôtel. Il ne se passe rien d'autre, l'adolescent reste
pour lui, comme pour nous, un inconnu dont on ne sait rien - pas un
mot n'est échangé - sauf qu'il est merveilleusement
beau, et renvoie au vieil homme l'image de lui-même, de
l'adolescent qu'il n'est plus. Finalement, il en meurt.
Le piège
amoureux guette tout le monde, l'enfant comme le vieux, les homo
comme les hétérosexuels. Tout le monde se retrouve dans
les émois de Proust décrivant sa passion pour Albertine
- qui était son amant et s'appelait Alfred. Aujourd'hui, c'est
habituellement ainsi que débutent les amours : très
bien, vivons ce moment d'enchantement par l'image - mais sachons
qu'elle n'est qu'une image, et qu'au-delà, l'important c'est
d'aimer quelqu'un de bien réel.
Essayons maintenant de
préciser le sens du verbe aimer.
AIMER
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