L'écriture même : A propose de Roland Barthes - Susan Sontag

L'écriture même : A propose de Roland Barthes - Susan Sontag

Publié le 24 mai 2016 - Donne ton avis

L’écriture même : à propos de Roland Barthes est un essai portant sur l’oeuvre de Roland Barthes. Au travers des exemples d’une analyse synthétique, Susan Sontag, figure intellectuelle de la gauche américaine du 20e siècle, rend hommage à l’ensemble des écrits du sémiologue français. Cet essai a été publié en 1982, deux ans après la mort de Roland Barthes.

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Partie 1 : Extraits choisis des principaux thèmes

  • Le style de Roland barthes
  • Susan Sontag est convaincue que l’oeuvre de Barthes demeurera fondamentale. Elle admire de nombreux aspects chez l’écrivain et cite, parmi ceux-ci, son style. Roland Barthes écrivait des phrases longues, remplies d’idées et de virgules, proposant en seulement quelques lignes de multiples idées pertinentes. Par ailleurs, il détenait l’art de poser des paradoxes semblant évidents. Évoquer un concept et son contraire constituait un exercice qu’il affectionnait particulièrement.
    Extrait : « Parmi les moyens variés que Barthes avait à sa disposition pour se donner quelque chose à dire – il était doué d’une capacité de généralisation exceptionnellement aisée, ingénieuse – le plus élémentaire était sa capacité d’aphoriste de faire apparaître des dualités actives : chaque chose pouvait se scinder en soi et son contraire, ou en deux versions de soi-même ; et l’on pouvait ensuite opposer l’un des deux termes à l’autre pour produire une relation inattendue. Le sens du voyage voltairien, fait-il remarquer, est de « manifester une immobilité » ; Baudelaire « ne pouvait que mettre la théâtralité à l’abri du théâtre » ; la tour Eiffel « fait de la ville une sorte de nature » : les écrits de Barthes sont parsemés de telles formules, aussi ostensiblement paradoxales, épigrammatiques que celles-là, à valeur de résumé. »

  • Ses qualités synthétiques et d'aphoriste
  • Susan Sontag apprécie en outre la préférence de Roland Barthes pour les formes courtes. En effet, le sémiologue était très attiré par les formats de ce genre tels que les haïkus ou les citations. Extraits : « Il est de la nature de la pensée aphoristique d’être toujours en état de conclure ; une volonté d’avoir le dernier mot est inhérente à toute formulation puissante. »
    « Et comme tous les vrais écrivains, ce qui le fascinait, c’était « le détail » (son mot à lui) : la forme courte par excellence qu’offre le vécu. Même en tant qu’essayiste, Barthes faisait bref, et les livres qu’il a écrits se présentent comme des multiples de formes courtes plutôt que comme des « vrais » livres, des itinéraires de questions plutôt que des développements unifiés. Son Michelet, par exemple, associe un inventaire des thèmes de l’historien à un grand nombre de brefs extraits de son oeuvre abondante. »

  • Son intense réflexion sur l'écriture
  • L’écrivain américain estime que Roland Barthes a mené l’une des réflexions les plus prononcées sur l’art de l’écriture. Elle rend hommage à son investissement sincère et constant, ainsi qu’à son exigence.
    Extraits : « Il se donnait toujours à fond à ce qu’il écrivait ; il était toujours concentré, ardent, infatigable. Cette étourdissante inventivité ne semble pas être un simple attribut des extraordinaires pouvoirs de Barthes, en tant qu’intellectuel et en tant qu’écrivain. *…+ Son oeuvre affirme une exigence de briller à toute force, qui est effectivement l’un des idéaux possibles d’un moment de la culture qui croit avoir, en plusieurs sens du terme, le dernier mot. »
    « L’écriture est ce dont Barthes parle en permanence : il n’est probablement personne depuis Flaubert (dans sa correspondance) qui ait réfléchi avec autant de brillant et de passion que Barthes sur ce qu’est l’écriture. La plus grande partie de son oeuvre est consacrée à la description de la vocation de l’écrivain : depuis les premières analyses démystificatrices contenues dans Mythologies (1957) de l’écrivain vu par les autres, c’est-à-dire comme idole (par exemple, « L’écrivain en vacances »), jusqu’aux essais plus ambitieux sur des écrivains à l’oeuvre, c’est-à-dire l’écrivain comme héros et martyr (par exemple « Flaubert et la phrase », à propos de « la souffrance indicible » du « travail du style »). Les merveilleux essais de Barthes sur les écrivains doivent être considérés comme des versions différentes de sa grande apologie de la vocation d’écrivain. »

  • Ses connexions avec Gide
  • Selon Sontag, l’oeuvre de Barthes comporte de nombreux points communs avec celle de Gide. Elle cite, entre autres, la constance des idées des deux hommes qui, en dépit de leurs abondantes lectures, n’ont pas varié d’opinion tout au long de leur parcours littéraire, restant fidèles à ce qu’ils étaient et à leurs conceptions. Barthes a en outre écrit un essai sur son contemporain.
    Extrait : « L’idée qu’il se fait de la vocation de l’écrivain exclut la claustration que Flaubert jugeait inévitable et n’admettrait aucune possibilité de conflit entre la nécessaire intériorité de l’écrivain et les plaisirs de la mondanité. C’est pour ainsi dire Flaubert corrigé par Gide : une rigueur plus éduquée, plus légère ; une relation d’avidité et de ruse à l’égard des idées, excluant le fanatisme. En effet, l’autoportrait idéal – l’homme c’est l’écrivain – que Barthes a esquissé à travers toute son oeuvre, ce portrait est virtuellement achevé avec le premier essai consacré au Journal de Gide, son « oeuvre égoïste ». Gide a fourni à Barthes le modèle patricien d’un écrivain souple, multiple ; jamais criard ni vulgairement indigné ; généreux… avec ce qu’il faut d’égocentrisme ; incapable de se laisser profondément influencer. *…+ Et il célèbre la profusion des scrupules de Gide, faisant observer que sa « situation… à la croisée de grands courants contradictoires n’a rien de facile ». Barthes souscrit également à l’idée gidienne d’une écriture élusive, qui se permet parfois d’être mineure. Son rapport à la politique rappelle aussi celui de Gide : volonté, en des temps de mobilisation idéologique, d’adopter des positions comme il faut, d’être politique, mais au bout du compte, volonté de ne pas l’être : et par là même, peut-être, de dire une vérité que pratiquement personne d’autre ne dit *…+ Barthes avait beaucoup d’affinités avec Gide, et beaucoup de ce qu’il dit sur ce dernier s’applique sans modification à lui-même. »

  • Un écrivain des plaisirs et de l'esthétisme
  • Sontag apprécie les notions de plaisir et d’esthétisme dans l’écriture de Barthes. Elle relève dans son oeuvre un lexique comprenant énormément de mots relatifs au plaisir. Barthes y fait constamment référence, notamment à celui d’écrire.
    Extrait : « En dépit de toute l’admiration qu’il porte aux critères ascétiques d’intégrité établis par Flaubert, il ose concevoir l’écriture comme une forme de bonheur : c’est l’essentiel de son essai sur Voltaire (« Le dernier des écrivains heureux ») et de son portrait de Fourier, que ne troublait aucun sentiment de l’existence du mal. Dans ses dernières oeuvres, il parle directement de sa propre pratique, de ses scrupules, de sa jouissance. »
    « L’affirmation de la notion de spectacle est le triomphe de l’attitude esthète : la promulgation du ludique, le refus du tragique. Toutes les manoeuvres intellectuelles de Barthes ont pour effet de vider l’oeuvre de son « contenu », le tragique de sa finalité. C’est en ce sens que son oeuvre est authentiquement subversive, libératrice — enjouée ; discours hors la loi, dans la grande tradition esthète, qui prend souvent la liberté de rejeter la « substance » du discours afin de mieux apprécier sa « forme » ; un discours hors-la-loi qui se donne une respectabilité, pour ainsi dire, grâce à diverses théories connues sous le nom de variétés de formalisme. »

    1 commentaire


    abshami
    abshami
    Posté le 22 nov. 2016

    merci beaucoup

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