Rêves en colère avec les aborigènes Australiens - Barbara Glowczewski

Rêves en colère avec les aborigènes Australiens - Barbara Glowczewski

16.00 / 20
Publié le 17 févr. 2014 - Donne ton avis

Née à Varsovie en 1956, Barbara Glowczewski est une anthropologue et ethnologue française. Directrice de recherches au CNRS, spécialiste des Aborigènes d'Australie depuis 1979, elle a publié de nombreux ouvrages sur leurs mythes, leur spiritualité, leur conception du cosmos et de l'écologie.
Photo de profil de Superdoc
Fiche rédigée par
Superdoc
3 téléchargements

Ce document est-il utile ?

16 / 20

Contenu de ce document de Français > Fiche lecture

I. Résumé



L'introduction du livre définit le nomadisme aborigène comme "une déambulation bien balisée, qui actualise sous des formes rituelles et artistiques, l'émergence de lieux existentiels virtuellement définis dans le mythe". Les ancêtres du "temps du Rêve" ont ouvert les premiers itinéraires qui correspondent à une création géographique et cosmologique dont les Aborigènes reprennent les empreintes tout en apprenant à tisser de nouveaux liens entre minéraux, végétaux, animaux, éléments météorologiques, étoiles, humains.

L'auteur souligne l'importance de l'innovation et de l'interprétation apportée sans cesse par les Aborigènes australiens. Le temps du mythe n'est pas un temps clos que les acteurs se borneraient à répéter mais une matrice riche de créativité qui s'exprime par les rites, danses ou peintures corporelles, et dans des peintures sur toile ou des créations filmées.

Si la rencontre avec l'Occident fut un choc historique violent, les autochtones s'en guérissent aujourd'hui en gagnant à la fois des territoires qu'ils avaient perdus et une reconnaissance mondiale.

La première partie nous initie aux peuples de la Péninsule Dampier, qui gravent depuis toujours les valves des coquilles perlières de motifs labyrinthiques, portée par les hommes et les femmes initiés. Les motifs figurent les voyages des êtres mythiques, et ces tablettes ont circulé pendant des siècles sur le continent à l'intérieur d'un grand cycle d'échanges symboliques. L'auteur retrace ces échanges qui ont eu lieu entre ces populations et des peuples de pêcheurs venus d'Indonésie.

Malgré la colonisation, les initiations se sont transmises, au cours desquelles un parcours site par site permet d'acquérir les savoirs sur les plantes, les animaux, la survie en brousse ainsi que les règles complexes (notamment un langage des couleurs) pour maîtriser les liens de la parenté et du mariage. Ces savoirs impliquent un équilibre écobiologique ignoré par les colons, mais l'adoption de nouvelles lois a permis de négocier avec les forces commerciales en présence.

La seconde partie est consacrée aux populations des plateaux du Kimberley, terre des Ngarinyin, "véritable galerie d'art sacré où des milliers d'abris sous roche cachent des peintures millénaires". Malgré les diverses langues parlées par les groupes du Kimberley, le contenu culturel forme une zone homogène. Les habitants ont transporté des récits anciens dont certains racontent Mangarari, l'âge des glaces.

Le cinéaste australien Jowandi Wayne Barker filme les fresques rituellement restaurées génération après génération. L'ethnologue analyse la façon dont chaque image et trace est pensée par les autochtones comme "l'empreinte vivante de la chose" : entre les éléments cosmologiques modelés par les ancêtres et les empreintes inscrites par le monde vivant, le corps et l'esprit des humains forme une articulation à l'échelle de tout le continent.

L'auteur développe une fascinante conception de la terre comme élément en profondeur dont les parties habitées et visitées forment des parcelles tressées, à l'image des réseaux d'échanges, à l'image des paniers de vannerie réalisés par les Aborigènes et à l'image des nouages symboliques de la parenté. Le tressage se poursuit aujourd'hui dans la transposition picturale des fresques rupestres vers les toiles peintes qui se vendent dans le monde entier.

Il intègre également les éléments du ciel, notamment la constellation des Nuages de Magellan où les esprits des morts achèvent leur voyage, guidés par les chamanes qui développent le don de la vision des corps par transparence.

Les parties trois et quatre abordent le désert Tanami et la terre d'Arnhem. On y découvre une intéressante pratique de règlement rituel des conflits conduite sous l'égide d'un ancêtre pacificateur, règlement dont l'efficacité a permis aux Aborigènes de transformer en unités politiques autogérées les anciennes missions chrétiennes et réserves où ils étaient rassemblés. L'auteur retrace le parcours de ces "générations volées", victimes de séparations forcées et d'ethnocides, qui accèdent aujourd'hui aux archives leur permettant de reconstruire leur histoire.

Lors de grands rassemblements, les initiations accompagnent les retours à la terre des générations qui avaient été exilées. Tout le désert est habité d'un maillage de chants qui pistent le "peuple des Ignames" : "le réseau que forment tous les lieux nommés du désert projette des informations écologiques sur une logique sociale".

Ce réseau est actualisé par le "rêve" individuel qui enrichit les cartographies ancestrales, de même que l'ancienne pensée du "métissage" (avec les peuples venus d'Indonésie) permet d'intégrer les contacts avec le monde moderne.

II. Analyse



Le titre de l'ouvrage indique la référence constante au manque de sagesse du mode de vie occidental qui bouleverse l'équilibre multiséculaire entre la terre australienne et les hommes qui la parcourent. Les menaces sous forme d'activités minières polluantes aujourd'hui ou de pêche abusive de coquilles perlières il y a un siècle exigent qu'un nouvel équilibre soit trouvé.

L'intérêt de cet ouvrage est qu'il construit les éléments d'une anthropologie non passéiste. Comment les peuples dits "sans écriture" pensent-ils leur rapport à l'histoire et à la modernité ? Les Aborigènes d'Australie se montrent virtuoses dans les pratiques des nouvelles technologies. Ils organisent de grands festivals artistiques, se déploient sur la scène internationale, montrant le lien entre les grands thèmes de la pensée ancestrale et la créativité actuelle.

Ils développent des programmes pédagogiques à l'usage des occidentaux, lesquels se montrent peu à peu fascinés par la découverte de ces peuples.

L'analyse que fait l'anthropologue du système des empreintes (et savoirs imagés) illustre un mode cognitif spécifique en réseaux, lequel s'adapte parfaitement avec le développement d'internet et autres supports informatiques inter-connectés.

La problématique de la reconnaissance des peuples autochtones n'en devient que plus aigüe, l'Australie actuelle étant à la fois menacée par les déchirures sociales et encouragée par les reconquêtes de territoires par les familles aborigènes. Entre la muséographie classique, avide de s'approprier des objets "authentiques", et l'ascension de l'art aborigène (films, peintures, performances, etc...) tout le continent apparaît inscrit dans un grand mouvement d'innovation.

Les relations inter-tribales montrent leur dynamisme, et la question écologique est certainement un enjeu d'envergure qui concerne le futur non seulement de l'Australie mais du monde entier.

III. Biographie de l'auteur



Née à Varsovie en 1956, Barbara Glowczewski est une anthropologue et ethnologue française. Directrice de recherches au CNRS, spécialiste des Aborigènes d'Australie depuis 1979, elle a publié de nombreux ouvrages sur leurs mythes, leur spiritualité, leur conception du cosmos et de l'écologie.

Elle travaille sur l'aspect cognitif mis en œuvre dans les représentations de "l'espace-temps du Rêve", conçu comme une mémoire matricielle dans laquelle les ancêtres continuent sans cesse d'inspirer les vivants. Son séminaire à l'EHESS aborde les mouvements sociaux contemporains par lesquels les Aborigènes construisent leur identité politique, ainsi que l'importance des nouvelles technologies par lesquelles les Aborigènes peuvent transmettre leur patrimoine culturel, comme le montre son dernier ouvrage, Rêves en colère.

Avec les Aborigènes d'Australie, Paris, Plon Pocket 2004.

1 commentaire


Stichh
Stichh
Posté le 18 févr. 2014

Très beau livre ! Le résumé est aussi de qualité merci à vous

Il faut être inscrit pour télécharger un document

Crée un compte gratuit pour télécharger ce document

Je m'inscrisOU

J'ai déjà un compte

Je me connecte