Le chef d'oeuvre inconnu - Honoré de Balzac

Le chef d'oeuvre inconnu - Honoré de Balzac

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Publié le 9 janv. 2014 - Donne ton avis

Publié en 1831 dans le journal « L’artiste », « Le chef d’œuvre inconnu » est une nouvelle d’Honoré de Balzac qui, à travers une réflexion sur l’Art, relate les aventures fictives de personnages célèbres tels que Nicolas Poussin ou encore maître Porbus.
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Contenu de ce document de Français > Commentaire

Introduction

 

Le texte que nous allons étudier constitue le portrait de l’un des personnages principal du livre : le peintre Frenhofer que Nicolas Poussin croise par hasard sur le palier de la porte de Maître Porbus. Cette première description du personnage participe à la mise en place d’une atmosphère ambigüe et conduit le lecteur à s’interroger sur la nature de cet homme étrange.

 

Nous analyserons dans l’étude qui va suivre la première impression positive que dégage Frenhofer aux yeux de Nicolas Poussin pour mieux nous pencher ensuite sur l’inquiétante étrangeté de cette rencontre inattendue.

 

I) Un vieillard à l’allure prometteuse

 

La description de Frenhofer est faite à travers les yeux de Nicolas Poussin. Les deux hommes se trouvent dans une cage d’escalier et se font face. Immobile sur le seuil de la porte de Maître Porbus, Nicolas Poussin voit s’avancer vers lui Frenhofer qui gravit les marches. Son premier jugement à l’égard du visiteur qu’il voit se rapprocher petit à petit de lui se base sur une appréciation générale de sa tenue vestimentaire dont il remarque immédiatement « la bizarrerie » ainsi que la « magnificence ». Les habits de Frenhofer renvoient l’image d’un homme aisé mais aussi extravagant.

 

La richesse de sa tenue composée « d’une dentelle étincelante de blancheur », d’un « pourpoint noir » ainsi que d’ « une lourde chaîne en or » témoigne d’une élégance certaine mais néanmoins désuète. L’assurance de cet homme à l’originalité assumée est immédiatement interprétée par Nicolas comme un signe positif. Pour lui, seul « le protecteur ou l’ami du peintre » pourrait se rendre ainsi vêtu au domicile de Maître Porbus. Mais encore, l’allure élégante ainsi que « la prépondérante sécurité de la démarche » de Frenhofer inspirent du respect au jeune homme qui s’écarte du pallier pour laisser de la place à ce curieux visiteur.

 

Cette marque de déférence dans une situation somme toute banale témoigne une nouvelle fois de l’impression favorable de Nicolas Poussin qui s’attend à trouver dans les traits de Frenhofer « la bonne nature d’un artiste ou le caractère serviable des gens qui aiment l’art. ».

 

II) Une expression troublante

 

Piqué de curiosité au constat de son attrait pour cet inattendu visiteur, Nicolas Poussin attend d’être face à lui pour examiner ses traits avec attention. Pourtant, malgré une première impression positive, Nicolas Poussin revisite rapidement son jugement en voyant Frenhofer passer devant lui : « il aperçut quelque chose de diabolique dans cette figure, et surtut ce je ne sais quoi qui affriande les artistes ». La réaction du jeune homme face à la surprise témoigne d’une démarche artistique dictée par l’instinct ainsi que par l’amour de l’étrange.

 

Conformément à la vision romantique de l’artiste, Nicolas Poussin voit plus loin que le commun des mortels et peut déceler dans les traits de Frenhofer toute l’étrangeté d’un tempérament hors du commun. Son amour pour l’esthétique du bizarre et du démoniaque lui permet de juger quasi instantanément toute l’ambigüité psychologique du personnage auquel il fait face. L’attraction qui résulte de cette vision troublante témoigne de la fascination du jeune homme pour Frenhaufer et contribue à ménager un certain suspens. Le lecteur comprend en effet qu’il se trouve en présence d’un personnage qui va tenir un rôle important mais encore indéterminé dans l’histoire : sera-t-il un adjuvant ou un opposant ?

 

Le choc ressenti par Nicolas Poussin à la vision de Frenhofer est accentué avec l’intervention du narrateur qui prend le relai de la description. Ce procédé original permet à Balzac de signaler l’importance du passage tout en justifiant la réaction Nicolas Poussin. On constate ainsi la reprise de plusieurs impératifs « imaginez », « mettez », « entourez », « jetez » qui visent à attirer l’attention du lecteur sur l’étrangeté de la physionomie de Frenhofer. La description du personnage se précise et s’attarde sur diverses parties de son visage pour mieux en souligner l’impressionnant contraste. La « bouche rieuse » de l’homme et son menton « fièrement relevé » révèlent une curieuse sévérité teintée d’amusement.

 

Les signes apparents de sa vieillesse sont quant à eux trompeurs. En effet, malgré sa barbe grise et son visage flétri, le visage de Frenhofer dissimule une vivacité perceptible dans « le contraste du blanc nacré dans lequel flottait la prunelle ». Le présage des « regards magnétiques au fort de la colère ou de l’enthousiasme » du personnage laissent quant à eux deviner un tempérament passionné et entier, capable de passer d’un extrême à l’autre.

 

III) Une atmosphère inquiétante

 

Le portrait de Frenhofer donne ainsi à voir un homme caractérisé par le contraste. Chaque élément de sa description participe à jeter le trouble sur sa véritable nature et à cultiver son ambigüité. Tour à tour démoniaque ou rieur, l’air avenant puis sévère, Frenhofer suscite la curiosité tout en intriguant le lecteur. Mais cette impression contrastée est également renforcée par la mise en scène du passage. En effet, l’obscurité de la cage d’escalier participe à voiler le personnage d’une aura fantastique : «Mettez cette tête sur un corps fluet et débile [ …] et vous aurez une image imparfaite de ce personnage auquel le jour faible de l’escalier prêtait encore une couleur fantastique. ».

 

A travers un savant jeu d’ombre et de lumière, Balzac parvient à brouiller les pistes et à faire intervenir le surnaturel dans une description jusqu’alors marquée par le réalisme de ses détails. La cage d’escalier, lieu intermédiaire, figure cet espace de l’entre deux à cheval entre rêverie et réalité. Le description de Frenhofer s’achève sur une allusion aux peintures de Rembrandt et renvoie le lecteur au thème du clair-obscur, souvent présent dans les œuvres du peintre.

 

Conclusion

 

Portraitiste de génie, Balzac met ici son talent au service de la description de l’un de ses personnages principaux. Tout d’abord envisagé de manière réaliste sous le regard curieux de Nicolas Poussin, le personnage de Frenhofer prend peu à peu une tournure inquiétante.

 

Plongé dans la pénombre d’une cage d’escalier, le charismatique peintre donne à voir l’image saisissante d’un homme fait de contrastes. La fascination que suscite l’apparition inattendue de ce personnage sert de tremplin vers la mise en place d’une atmosphère quasi fantastique et plonge le lecteur dans la perplexité. Personnage complexe à la profondeur teintée de sublime et de danger Frenhofer symbolise la modernité d’une esthétique alliant le beau au curieux.

4 commentaires


yassmin tata
yassmin tata
Posté le 1 juil. 2015

merci

 

Bechir Ben Jeddou
Bechir Ben Jeddou
Posté le 10 juin 2015

Excellent

dacruz
dacruz
Posté le 22 janv. 2015

EXCELLENT COMMENTAIRE COMPOSE ET UTILE

stilobic
stilobic
Posté le 9 janv. 2014

très bon commentaire composé de cette nouvelle d'Honoré de Balzac! parfait et très utile, complet...

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