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muse_88_ - Mise à jour : 01/03/2010
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Niveau : Bac+2
Extrait / Introduction
Extrait / Introduction :
La sociologie dite holiste part de la société qui subordonne les individus qui la composent. Elle valorise donc le système social et tend à négliger les comportements individuels. En réaction à cette vision déterministe de la société s’est constituée une méthode d’interprétation du social à partir des comportements des individus. On doit cette expression à Joseph Schumpeter (1883-1950). Boudon et François Bourricaud dans le Dictionnaire critique de la sociologie, publié en 1982, notent le caractère polysémique (plusieurs sens) de la notion. On peut distinguer 3 interprétations de la notion d’individualisme : l’individualisme sociologique, éthique et méthodologique.Plan
Plan :
Chapitre 1 : Raymond Boudon et l’individualisme méthodologique. Chapitre 2 : Michel Crozier et l’analyse par l’approche stratégique Chapitre 3 : Pierre Bourdieu et le structuralisme génétique Chapitre 4 : Alain Touraine et la sociologie dynamique Chapitre 5 : Sur les nouvelles sociologies - L'exemple de la sociologie de la justificationExemple de page de Sociologie française
Chapitre 1 : Raymond Boudon et l’individualisme méthodologique.
Raymond Boudon est né en 1934. Agrégé de philosophie, il consacre sa thèse de doctorat à l’analyse mathématique des faits sociaux où il défend une sociologie d’observation basée sur des enquêtes, des sondages et des statistiques. Devenu professeur à la Sorbonne, il va s’attacher à défendre une certaine conception de la sociologie et développer un programme de recherche en épistémologie des sciences sociales. Boudon est considéré aujourd’hui comme un classique de la sociologie française, on peut dire qu’il représente à lui seul un courant de pensée et une méthode : l’individualisme méthodologique. Ce courant de la sociologie française s’est imposé contre une vision holiste et déterministe de la société qui occulterait la place de l’acteur dans l’explication des phénomènes sociaux. Adepte d’une sociologie qui explique avant de dénoncer, il critiquera Bourdieu.
Section 1 : L’individualisme - une notion polysémique
La sociologie dite holiste part de la société qui subordonne les individus qui la composent. Elle valorise donc le système social et tend à négliger les comportements individuels. En réaction à cette vision déterministe de la société s’est constituée une méthode d’interprétation du social à partir des comportements des individus. On doit cette expression à Joseph Schumpeter (1883-1950). Boudon et François Bourricaud dans le Dictionnaire critique de la sociologie, publié en 1982, notent le caractère polysémique (plusieurs sens) de la notion. On peut distinguer 3 interprétations de la notion d’individualisme : l’individualisme sociologique, éthique et méthodologique.
Selon que l’on s’attache à caractériser les comportements, on fera référence à l’individualisme sociologique. Une société est individualiste, au sens sociologique, lorsque l’autonomie consentie aux individus par les lois, les m?urs et les contraintes sociales est très large. L’individualisme sert à caractériser les institutions et les comportements sociaux.
Selon que l’on s’attache à légitimer des normes, les institutions et les choix des valeurs, on parlera d’un individualisme éthique. Au sens de l’éthique, l’individualisme est une doctrine qui fait de l’individu un point de référence indépassable. Alexis de Tocqueville analysant la société américaine du XIXème siècle fait le constat d’un individualisme de plus en plus important, dans la mesure où le citoyen est beaucoup plus soucieux de sa vie privée que de la vie publique. L’individualisme qui touche la société américaine est à la fois sociologique et éthique.
Selon que l’on s’attache à expliquer les faits sociaux, on utilisera la notion d’individualisme dans le contexte de la théorie de la connaissance. L’individualisme méthodologique cherche à expliquer les phénomènes collectifs à partir des comportements et des stratégies individuels.
Section 2 : L’individualisme méthodologique versus le holisme
L’individualisme méthodologique part d’une critique de la pensée holiste faisant de la société une totalité transcendante à ces parties affectant les comportements individuels. Pour la sociologie durkheimienne, il faut expliquer un phénomène social en dehors des manifestations individuelles. Il faut expliquer le social en terme de cause antérieure. Durkheim parle de chaîne de causalité pour désigner les relations de cause à effet entre deux phénomènes sociaux. Schématiquement, on peut émettre qu’un phénomène social A entraîne toujours un phénomène social B. Durkheim était donc convaincu que l’explication sociologique doit partir non des individus mais du groupe, de la société qui les font être ceux qu’ils sont, voire qui fixent leur but et leur intention. En définissant les faits sociaux comme «manières d’agir, de penser et de sentir extérieures à l’individu et qui sont douées d’un pouvoir de coercition (de contrainte) en vertu duquel ils s’imposent à lui», Durkheim tenait à pointer la spécificité des faits sociaux qui ont pour substrat, pour base l’ensemble de la collectivité. Pour Durkheim, entre un ensemble social et les individus qui en sont membres, il y a la même différence qu’entre un métal obtenu par alliage et les constituants de cet alliage. La réalité sociale ne se trouve pas plus dans la somme des actions individuelles que la dureté du bronze ne se trouve dans le cuivre, dans l’étain et le plomb dont le bronze est composé. Ainsi, les phénomènes sociaux sont des réalités sui generis (qui ont une vie propre), c’est-à-dire des réalités d’une nature tout à fait différente de celle des éléments qui entrent dans leur composition. Boudon critiquera la vision déterministe de Durkheim et toutes les formes de sociologisme montrant les individus prisonniers de leur situation, de leurs actions. Dans la mesure où les phénomènes sociaux ne sont pour Boudon qu’une agrégation de comportements individuels, le sociologue doit se faire une règle de méthode de considérer les individus dans un système d’interactions comme les atomes logiques de son analyse. Il refuse donc l’explication causale de Durkheim. Boudon part de la notion de compréhension et de la sociologie compréhensive de Max Weber pour arriver au fondement même de l’individualisme méthodologique. Il résume ce paradigme par le schéma explicatif suivant : le phénomène social M est une fonction des actions m lesquelles dépendent de la situation s de l’acteur, cette situation étant elle-même affectée par des données macro-sociales M’.
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