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Les 4 saisons du Revest - Mise à jour : 27/02/2009
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Niveau : Autre
Extrait / Introduction
Article psychologique intitulé " Le thermomètre pédagogiste" par le psychologue Laurent Carle
Extrait:
"Comme on devrait s'y attendre, les résultats moyens sont souvent, pour ne pas dire toujours, décevants. L'élève de CP, paroissien d'école à la foi naïve de charbonnier, mais pécheur pas très catholique, oscille chaque jour entre le « Bien » et le « Mal ». Parfois en état de grâce, il collectionne les « bien ». Attiré par le « mal », il est déclaré « mauvais» s'il n'a pas eu un seul « bien » pendant plus d'une semaine, « en échec » si c'est pendant plus d'un mois. Insuffisamment attristé de ne pas satisfaire les attentes de la maitresse et de ses parents, non assez sanctionné d'être stoppé net dans ses apprentissages par les jugements négatifs qu'il collectionne, non suffisamment pénalisé de voir son avenir compromis, l'élève français s'entend reprocher de n'avoir pas « bien » travaillé, fautif du délit de paresse ou de parjure. Or, ce sont ces jugements moraux, hâtifs, brutaux, systématiques, sans appel, enregistrés à l'encre rouge et collés sur le front qui font « l'échec » et le « mauvais élève ». Si les chercheurs étaient notés, sans commentaire, dès le premier jour de leurs travaux, les projets de recherche resteraient au fond des tiroirs, les vocations scientifiques seraient taries depuis quelques siècles. Sans instrument de mesure et sans unité-étalon, la note chiffrée, tout autant morale que le jugement, évalue le « devoir » et juge le « mérite ». Elle tombe sur la tête de l'élève, inéluctable et définitive comme une amende déclenchée par un éclair de radar, sur l'automobiliste en infraction. Mais, en quoi l'élève en échec est-il fautif ? Cette culture traditionnelle de la notation a fini par changer le sens des mots. Dans l'école à la française aujourd'hui, réussir, c'est gagner, échouer, c'est perdre honteusement. Avoir de bonnes notes, c'est « bien travailler », de mauvaises notes, « mal travailler ». Aveuglée par cette obsession collective de notation, la nation tout entière attend des maitres [....] "
Plan
Exemple de page de "Le thermomètre pédagogiste" par Laurent Carle
Question
SH : "Avez-vous d'autres critiques à formuler à
l'égard de Pisa ?"
Réponse J-Y Rochex : "J'en
formulerai deux. D'une part, le fait que ses concepteurs ont
privilégié les critères mesurables et le
classement, au détriment de la réflexion théorique
sur ce que les épreuves de Pisa sont censées mesurer.
D'autre part, Pisa repose sur un double présupposé
substantialiste : 1) en langue, en mathématiques ou en
sciences, il existerait des compétences universelles et
indépendantes des contextes culturels ; 2) ces compétences
seraient stables chez un même individu, quels que soient les
contextes et les conditions de l'évaluation. " (*)S’il
n’était précisé que ces critiques
s’adressent à une évaluation internationale, on
croirait qu’elles visent l’évaluation scolaire à
la française : croyance en des « compétences
universelles et indépendantes des contextes culturels »,
croyance dans leur stabilité chez un « individu quels
que soient les contextes et les conditions de l'évaluation »
! Avec une optique idéologique progressive, on voit mieux la
paille chez le voisin que la poutre chez soi. En effet, depuis 40
ans, chez nous tout est prétexte à mesure ?
subjective, puisque la note est à la discrétion du
notateur ? à toute heure, à tout moment, à
propos de tout et de rien, dès la première année
d’école. Ce qui compromet et plombe le succès des
apprentissages scolaires en France, c’est-à-dire
l’acquisition de compétences et de savoirs, c’est
que l’on confond, avec conviction et assiduité, l’étude
avec la préparation à un concours ou à un
examen. Le bachotage sous forme de contrôle continu, instauré
après 68, est une évaluation chronique obsessionnelle
et pathologique, non des savoirs en cours d’acquisition, mais
des capacités de performance de chaque élève,
plus exactement de ce qui reste instantanément ou à
court terme de l’enseignement magistral dispensé jour
après jour. Comme on devrait s’y attendre, les résultats
moyens sont souvent, pour ne pas dire toujours, décevants.
L’élève de CP, paroissien d’école à
la foi naïve de charbonnier, mais pécheur pas très
catholique, oscille chaque jour entre le « Bien » et le «
Mal ». Parfois en état de grâce, il collectionne
les « bien ». Attiré par le « mal »,
il est déclaré « mauvais» s’il n’a
pas eu un seul « bien » pendant plus d’une semaine,
« en échec » si c’est pendant plus d’un
mois. Insuffisamment attristé de ne pas satisfaire les
attentes de la maitresse et de ses parents, non assez sanctionné
d’être stoppé net dans ses apprentissages par les
jugements négatifs qu’il collectionne, non suffisamment
pénalisé de voir son avenir compromis, l’élève
français s’entend reprocher de n’avoir pas «
bien » travaillé, fautif du délit de paresse ou
de parjure. Or, ce sont ces jugements moraux, hâtifs, brutaux,
systématiques, sans appel, enregistrés à l’encre
rouge et collés sur le front qui font « l’échec
» et le « mauvais élève ». Si les
chercheurs étaient notés, sans commentaire, dès
le premier jour de leurs travaux, les projets de recherche
resteraient au fond des tiroirs, les vocations scientifiques seraient
taries depuis quelques siècles. Sans instrument de mesure et
sans unité-étalon, la note chiffrée, tout autant
morale que le jugement, évalue le « devoir » et
juge le « mérite ». Elle tombe sur la tête
de l’élève, inéluctable et définitive
comme une amende déclenchée par un éclair de
radar, sur l’automobiliste en infraction. Mais, en quoi l’élève
en échec est-il fautif ? Cette culture traditionnelle de la
notation a fini par changer le sens des mots. Dans l’école
à la française aujourd’hui, réussir, c’est
gagner, échouer, c’est perdre honteusement. Avoir de
bonnes notes, c’est « bien travailler », de
mauvaises notes, « mal travailler ». Aveuglée par
cette obsession collective de notation, la nation tout entière
attend des maitres qu’ils commettent un abus didactique
quotidien sur chaque élève, du premier septembre au 30
juin, comme si la banalisation de la note pouvait désabuser.
Une notation qui s’exerce en continu sur toute activité
scolaire n’a plus aucun sens et ne mesure rien, puisqu’une
situation d’apprentissage ne peut pas servir simultanément
d’examen d’évaluation (et vice-versa) et que la
mesure d’un progrès ne peut se faire que sur un écart
entre un avant et un après. Elle ne mesure rien, mais elle
juge, exprimant l’omnipotence dont l’institution
cannibale investit le maitre. Sachant qu’en Finlande les élèves
ne sont pas notés avant l’âge de 13 ans, quoi
d’étonnant au constat de la faiblesse des résultats
français dans les évaluations internationales ? A l’âge
de l’évaluation PISA, 15 ans, l’élève
français a connu l’humiliation du zéro et la
culpabilité de celui qui « ne travaille pas », «
n’apprend pas bien ses leçons » et « ne
s’applique pas dans ses devoirs », l’élève
finlandais ignore le stress scolaire.
Selon
J.Y. Rochex, l’OCDE aurait choisi une batterie de tests
internationaux qui favoriserait les élèves finlandais
et pénaliserait les Français. Pourquoi ?
«
Présupposé PISA (antiscientifique) : en langue, en
mathématiques ou en sciences, il existerait des compétences
universelles et indépendantes des contextes culturels »
dit-il, pour contester les résultats de l’enquête
PISA ... Les tests, qu’ils soient de performances ou de
compétences, n’expliquent pas. Ils mesurent. Le
thermomètre n’interprète pas la température
qu’il affiche. Il ne nous dit rien sur le climat. Fahrenheit ou
Celsius, son mercure, qui monte et descend avec le temps, constate
des écarts entre la France et la Finlande. Ne nous contentons
pas de regarder le doigt qui montre la lune, le mercure qui indique
la température ! Pour comprendre, il faut aller voir. Paul
Robert y est allé (**). Il nous a ramené des
informations qu’on ne trouve pas dans l’enquête
PISA. Bien sûr que les contextes culturels... et les
méthodes d’enseignement scolaire, qui vont avec, sont
des facteurs majeurs ! Les compétences des individus en cours
ou en fin de formation varient en fonction des contextes et
conditions d’éducation et d’enseignement. C’est
bien ce qui fait, culturellement, la différence entre la
Finlande et la France. Même moyennement valides, ces tests
révèlent bien que, là où la pédagogie
prévaut sur le bachotage et le méritantisme, les
compétences s’améliorent. L’intelligence
aussi varie avec les conditions éducatives et le climat
institutionnel. La notation à la française, avec les
commentaires souvent ironiques qui l’accompagnent, est-elle une
forme d’évaluation scientifique ou un biais historique
et culturel très pénalisant ? La « France »
accepterait-elle de ne pas noter ses écoliers avant l’âge
de 13 ans ? On sait que les « pédagogistes » ont
envahi la Finlande, qu’ils dictent la politique scolaire de son
gouvernement et qu’ils en occupent les écoles. Pour le
moment, les Finlandais ne sont pas tous dysphasiques, dyslexiques,
hyperkinétiques, dysorthographiques, dyscalculiques, bègues,
illettrés et analphabètes, mais cela ne devrait pas
tarder. Que fait l’ONU ? En outre, ils parlent très bien
notre langue. Ne vont-ils pas former des pédago-terroristes
pour les envoyer frapper un peu partout dans notre hexagone ?
Qu’attendent Le Bris, Finkielkraut et Brighelli pour inciter
notre président à demander à l’ONU
l’intervention de l’OTAN que la France va réintégrer
? La DGSE ne devrait-elle pas engager des agents sur place ?
«
... plutôt que de considérer les "biais"
culturels comme des scories méthodologiques à éliminer
ou à réduire au minimum, il faudrait pouvoir au
contraire les mettre au c?ur de travaux comparatifs pour mieux
comprendre les différences et spécificités entre
pays. »
Le « biais culturel » le plus «
innocent » mais le plus efficient, parce que, idéologiquement,
il semble aller de soi, n’est-il pas la moralisation des
comportements d’apprentissage, la prétention de
récompenser le « mérite » des « bons
» et de punir la « paresse » des « mauvais »
? Elève-t-on le niveau général d’une
génération en stimulant les enfants au travail par la
concurrence plutôt que par la solidarité ? Ces diverses
opérations de mise en condition du gagnant et du perdant, qui
consistent à transformer l’école en un monde
céleste et juste qu’il faut mériter ? tous
appelés, mais peu d’élus ?, ne
s’appellent-elles pas tout simplement de la sélection
par élimination ? A regarder les résultats des
Finlandais, la réponse est claire ! A ce point de dérapage
de l’acte éducatif, la condition morale faite à
l’écolier français n’est plus un biais,
c’est une déviation de but.
Les effets de ces
biais, autant politiques et économiques qu’historiques
et culturels, observables sur la psychologie des écoliers,
comme sur leurs performances, hors évaluation, en sont
évidents. Plutôt que de chanter cocori couac, il
faudrait peut-être, comme Paul Robert, s’intéresser
aussi à ce qui se passe en amont des « performances »,
aux conditions et méthodes d’apprentissage, au statut
accordé à l’écolier, à l’échelle
des valeurs selon les cultures. Selon les cultures, la vie a plus de
valeur que les performances, ou inversement. Ce qui est remarquable,
justement, c’est que, dans les présupposés de la
philosophie de l’éducation, on privilégie,
concurrence oblige, les performances en France, le bien-être
des enfants et des enseignants en Finlande. Et, paradoxalement, que
constate-t-on à la sortie ?... A « la réflexion
théorique sur ce que les épreuves PISA sont censées
mesurer », je propose d’en ajouter une sur la condition
de l’écolier français et sur les conditions dans
lesquelles il est censé apprendre. Faut-il se
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