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Les 4 saisons du Revest - Mise à jour : 25/02/2009
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Niveau : Autre
Extrait / Introduction
Article de philosphie sur "Montaigne et la Boétie" par Jean-Claude Grosse, professeur de philosophie
Extrait:
"La Boétie était de trois ans l'aîné de Montaigne. Leur amitié dura six ans, de 1557 à 1563. « Nous nous cherchions avant que de nous être vus... » Et « Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer » (Édition de 1580). Devenant dans l'Édition de 1595 « qu'en répondant : parce que c'était lui ; parce que c'était moi ». Devenu légataire de La Boétie, Montaigne qui a 30 ans, mûrit huit ans durant, le projet d'un hommage, d'un tombeau à son ami.
« L'an du Christ 1571, âgé de 38 ans, la veille des calendes de mars, anniversaire de sa naissance (donc le 28 février), Michel de Montaigne, las depuis longtemps déjà de sa servitude du Parlement et des charges publiques, en pleines forces encore, se retira dans le sein des doctes vierges, où, en repos et sécurité, il passera les jours qui lui restent à vivre. Puisse le destin lui permettre de parfaire cette habitation des douces retraites de ses ancêtres, qu'il a consacrées à sa liberté, à sa tranquillité, à ses loisirs !
Privé de l'ami le plus doux, le plus cher et le plus intime, et tel que notre siècle n'en a vu de meilleur, de plus docte, de plus agréable et de plus parfait, Michel de Montaigne, voulant consacrer le souvenir de ce mutuel amour par un témoignage unique de sa reconnaissance, et ne pouvant le faire de manière qui l'exprimât mieux, a voué à cette mémoire ce studieux appareil dont il a fait ses délices ». (Quelle solennité dans cette inscription latine de sa librairie !)
1572-1573, il écrit la plus grande partie du Livre I des Essais qui comprendra en son centre, au chapitre 29, le Discours de la Servitude Volontaire de son ami, précédé du chapitre 28, De l'amitié, suivi du chapitre 30, De la modération. Mais en 1574, paraît un pamphlet calviniste - le texte de La Boétie - mutilé et sans nom d'auteur. En 1576, Montaigne fait frapper une médaille [...]"
Plan
Exemple de page de "Montaigne et la Boétie" par Jean-Claude Grosse
Montaigne et La Boétie
Ombres et lumières à Sarlat
La
Boétie était de trois ans l’aîné de
Montaigne. Leur amitié dura six ans, de 1557 à 1563. «
Nous nous cherchions avant que de nous être vus... »
Et « Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je
sens que cela ne se peut exprimer » (Édition de 1580).
Devenant dans l’Édition de 1595 « qu’en
répondant : parce que c’était lui ; parce que
c’était moi ». Devenu légataire de La
Boétie, Montaigne qui a 30 ans, mûrit huit ans durant,
le projet d’un hommage, d’un tombeau à son ami.
«
L’an du Christ 1571, âgé de 38 ans, la veille des
calendes de mars, anniversaire de sa naissance (donc le 28 février),
Michel de Montaigne, las depuis longtemps déjà de sa
servitude du Parlement et des charges publiques, en pleines forces
encore, se retira dans le sein des doctes vierges, où, en
repos et sécurité, il passera les jours qui lui restent
à vivre. Puisse le destin lui permettre de parfaire cette
habitation des douces retraites de ses ancêtres, qu’il a
consacrées à sa liberté, à sa
tranquillité, à ses loisirs ! Privé de l’ami
le plus doux, le plus cher et le plus intime, et tel que notre siècle
n’en a vu de meilleur, de plus docte, de plus agréable
et de plus parfait, Michel de Montaigne, voulant consacrer le
souvenir de ce mutuel amour par un témoignage unique de sa
reconnaissance, et ne pouvant le faire de manière qui
l’exprimât mieux, a voué à cette mémoire
ce studieux appareil dont il a fait ses délices ».
(Quelle solennité dans cette inscription latine de sa
librairie !)
1572-1573, il écrit la plus grande partie du
Livre I des Essais qui comprendra en son centre, au chapitre 29, le
Discours de la Servitude Volontaire de son ami, précédé
du chapitre 28, De l’amitié, suivi du chapitre 30, De la
modération. Mais en 1574, paraît un pamphlet calviniste
? le texte de La Boétie ? mutilé et sans
nom d’auteur. En 1576, Montaigne fait frapper une médaille
portant une balance, l’année : 1576, son âge : 42
ans et la devise grecque : Je suspends mon jugement. Il travaille à
l’Apologie de Raimond Sebond ? chapitre essentiel du
Livre II des Essais ? théologien dont il a traduit la
Théologie naturelle en 1569, à la demande de son père.
Il publie Livre I et Livre II avec 29 sonnets de La Boétie au
chapitre 29 en 1580 et entreprend le voyage d’Italie. Là,
le cardinal du Saint-Office lui suggère qu’il pourrait
dans une prochaine édition remplacer le mot « fortune »
(hasard) par le mot « grâce ». Montaigne rédige
le Livre III entre 1586 et 1587. En 1588, réédition des
Livres I et II, avec plus de 600 additions et édition du Livre
III. Entre 1589 et 1592, Montaigne reprend sans cesse son texte qu’il
enrichit de plus de 1 000 additions. Montaigne meurt le 13 septembre
1592 au moment de l’élévation pendant une messe
dans sa chapelle particulière. C’est en 1595 que sa
fille d’alliance, Mademoiselle de Gournay, édite
l’exemplaire de 1588, annoté par Montaigne.
En
1600, Les Essais sont condamnés par le Saint-Office. Montaigne
a donc consacré près de trente ans à son projet.
Dépossédé par les passions partisanes, les
fanatismes religieux du Discours, pièce centrale de son livre
I, il suspend son jugement et trouve dans le scepticisme, la
condition élémentaire du bien vivre, du dire vrai.
À
première vue ou lecture, La Boétie influence peu
Montaigne. Écho tout de même dans le chapitre 20 du
Livre I, Que philosopher c’est apprendre à mourir. «
La préméditation de la mort est préméditation
de la liberté. Qui a appris à mourir, il a désappris
à servir. Le savoir mourir nous affranchit de toute sujétion
et contrainte. Il n’y a rien de mal en la vie pour celui qui a
bien compris que la privation de la vie n’est pas mal. »
La
véritable influence de La Boétie sur Montaigne ne
semble pas se manifester au plan de la théorie politique.
Montaigne n’est pas homme de théorie, de système.
C’est dans sa vie même que Montaigne s’efforce de
se libérer, faisant en trente ans l’expérience de
la diversité, du changement, chaque homme portant en lui
l’humaine condition. Les Essais, « journal » de ces
changements, « chronique » du passage et non de l’état,
devenant ainsi une invitation à la liberté, rejoignent
le Contr’Un (vrai titre du Discours de La Boétie) : une
société d’hommes libres est à l’horizon
et la tyrannie s’effondrerait si le peuple était composé
d’individus libérés.
Comment Montaigne
s’est-il libéré ? Par le scepticisme. Scepticisme
à l’égard des valeurs, oui, mais des fausses
valeurs : des valeurs de vanité et de désir, des
valeurs d’opinion ou de coutume. Il faut vivre sans elles si on
le peut. On méprisera la gloire, l’ambition. Si on ne le
peut pas, on ne les respectera qu’en surface, pour ne pas être
un point de mire, pour donner une image rassurante, débonnaire,
de soi. Je pense ici au portrait de Socrate par Rabelais : «...
simple en m?urs, rustique en vêtements, pauvre de
fortune, infortuné en femmes, inapte à tous services de
la République, toujours riant, toujours buvant d’autant
à un chacun, toujours se guabelant, toujours dissimulant son
divin savoir... » Scepticisme à l’égard
de la possibilité de la connaissance. La divinité est
imperscrutable, la nature insondable, la prétendue immortalité
inintelligible, les évidences sont incertaines, la vérité
est hors de nos prises. Il n’y a que ce qui, pour l’heure,
ici et maintenant, me semble vrai et que je peux dire. Mes jugements
sur tous sujets ne disent sans doute pas la vérité des
choses mais manifestent celui que je suis. Ainsi, la philosophie est
impossible comme science d’après Montaigne, alors le
scepticisme est le vrai, qui permet de bien vivre.
De quoi
Montaigne s’est-il libéré ? De l’après-mort,
nuit indéchiffrable. De l’avenir car sauf la certitude
de la mort, il est illisible, inanticipable. Du passé, qui
s’engloutit dans le non-être. Reste le présent,
qui n’est que passage, quasi irréelle réalité.
Mais c’est tout ce que nous avons, « une écume de
vie éphémère sur un océan de mort ».
Que sommes-nous ? Presque rien. Mais c’est ce presque rien qui
est tout, qu’il s’agit de vivre en intensité. La
vraie vie est plénitude, accomplissement. Le plaisir y aide
grandement. Et tout plaisir est bon. Mais il ne suffit pas car
parfois absent. Il faut un principe d’auto-équilibration
assurant l’ataraxie (l’absence de trouble d’âme)
: c’est la sagesse. Plaisir ou peine, la sagesse tient le
cap.
Ainsi le scepticisme est un art profond de simplifier la vie.
Le sceptique est l’homme libéré de tout ce qui
nous dépossède de nous-mêmes, les «
vacations farcesques ». L’homme est là, ici-haut,
pour être heureux. Et le bonheur est possible pour peu que
l’homme se convertisse au bonheur, par la sagesse. Il n’y
a pas d’autre révolution que celle-là, celle que
chacun fait sur soi. Ainsi s’achève le portrait de
Socrate : «... entendement plus qu’humain, vertu
merveilleuse, courage invincible, sobresse non pareille, contentement
certain, assurance parfaite, déprisement incroyable de tout ce
pourquoi les humains tant veillent, courent, travaillent, naviguent
et bataillent. »
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Le document "Montaigne et la Boétie" par Jean-Claude Grosse appartient à la rubrique Philosophie qui elle même appartient à la thématique Social.
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