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Les 4 saisons du Revest - Mise à jour : 23/01/2012
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Niveau : Autre
Extrait / Introduction
Découvrez ce commentaire philosophique sur "Peut-on devenir cause de soi-même" de Jean-Claude Grosse des 4 Saisons du Revest, partenaire exclusif de Doc-etudiant
Extrait:
Paradoxalement je dirai qu'il y a surtout à désapprendre. Désapprendre les facilités. À titre d'exemple : les modes. Du jean au blouson, de la casquette aux baskets, c'est si facile d'être un visage pâle, mâcheur de chewing-gum, buveur de coca, fumeur de Marlboro, bouffeur de hamburger, voyeur de Titanic, m'as-tu vu en booster, m'as-tu écouté en portable, tatooé, branché, connecté. Les réussites des requins se fondent sur les modes à succès, suivies par le grand nombre. Déserte le Mondial et son hystérie.
Débranche allègrement ta télé. Noircis allègrement une dent blanche sur trente-deux du top model de l'affiche 4 x 3 vantant le 4 x 4 esquinteur d'espaces. Allègrement, invente tes irrespects, tes refus, tes désobéissances, tes insoumissions. Il y a grand (dé) plaisir à franchir la ligne de la soumission volontaire vers la liberté qui est une succession de libérations. Libère-toi du machisme si tu es mâle.
Ne rêve pas de la plus belle femme du monde. Elle n'est pas pour toi. Renonce à la Schiffer (1) : elle te ferait souffrir. Regarde ta voisine. Change ton point de vue sur elle. Elle n'est pas moche. C'est une femme et tu ne sais pas ce que c'est. Si tu es fille, cesse d'allumer des incendies. Tu détruis plus qu'un régiment d'artillerie. [...]
Plan
Exemple de page de Peut-on devenir cause de soi-même? par Jean-Claude Grosse
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Peut-on devenir cause de soi-même ?/J.C. Grosse
Quel
« gay sçavoir »
pour
le 3° millénaire ?
Paradoxalement
je dirai qu’il y a surtout à désapprendre.
Désapprendre les facilités. À titre d’exemple
: les modes. Du jean au blouson, de la casquette aux baskets, c’est
si facile d’être un visage pâle, mâcheur de
chewing-gum, buveur de coca, fumeur de Marlboro, bouffeur de
hamburger, voyeur de Titanic, m’as-tu vu en booster, m’as-tu
écouté en portable, tatooé, branché,
connecté. Les réussites des requins se fondent sur les
modes à succès, suivies par le grand nombre. Déserte
le Mondial et son hystérie. Débranche allègrement
ta télé. Noircis allègrement une dent blanche
sur trente-deux du top model de l’affiche 4 x 3 vantant le 4 x
4 esquinteur d’espaces. Allègrement, invente tes
irrespects, tes refus, tes désobéissances, tes
insoumissions. Il y a grand (dé) plaisir à franchir la
ligne de la soumission volontaire vers la liberté qui est une
succession de libérations. Libère-toi du machisme si tu
es mâle. Ne rêve pas de la plus belle femme du monde.
Elle n’est pas pour toi. Renonce à la Schiffer (1) :
elle te ferait souffrir. Regarde ta voisine. Change ton point de vue
sur elle. Elle n’est pas moche. C’est une femme et tu ne
sais pas ce que c’est. Si tu es fille, cesse d’allumer
des incendies. Tu détruis plus qu’un régiment
d’artillerie. Écoute ton voisin. Oui, il dit des
conneries. Non, ce n’est pas un con. C’est un homme et tu
ne sais pas ce que c’est. Et toi et lui, copain-copine,
voisin-voisine, lointain-lointine, vous êtes humains. Tu ne
t’es jamais trompée. Jamais tu n’as pris un humain
(même nabot, triso, sado, maso, homo, négro) pour un
babouin. Alors allègrement, désapprends à le
vouloir à tes pieds, désapprends à vouloir être
flattée, désapprends la beauté fardée,
bronzée, frimée, friquée.
Évidemment,
si tu fais HEC, Polytechnique, Sciences Po, l’ENA, on
t’apprendra à apprécier les babouineries des
babouins et babouines se soumettant au mâle dominant dans Belle
du Seigneur d’Albert Cohen. Ainsi est, la nature humaine, te
dira le professeur en domination. L’homme est un loup pour
l’homme. C’est la loi du plus fort qui est au fondement
des rapports « humains ». Venu du monde des gens moyens,
tu voudras rejoindre le monde des requins mangeurs de babouins.
Technocrate de la Banque Mondiale ou manager chez Microsoft, tu y
arriveras, à la force du poignet, à coups de langue
alléchée, lécheur de bottes et lèche-cul.
À toi qui rêves d’être Bill Gates (2), Ted
Turner2, George Soros2, Ruppert Murdoch2, émir de Dubaï2,
d’Oman2 ou du Qatar2, à toi qui rêves fortune sur
notre soumission à tes jeux boursiers et télévisés,
je réserve une surprise. J’ai désappris la
crainte du lendemain, j’ai désappris l’espoir en
des lendemains meilleurs, j’ai désappris la foule et
l’adhésion aux grandes émotions collectives, j’ai
désappris le nombrilisme et l’individualisme, j’ai
désappris la participation à l’euphorisation
généralisée (appelée libéralisme,
loi des marchés, mondialisation). Imagine ta situation quand
nous serons dix à avoir désappris la servitude
volontaire et qu’à nos enfants nous apprendrons la
liberté, succession de libérations, l’égalité
(les forts venant en aide aux faibles, les faibles réclamant
l’aide des forts), la fraternité, succession de
fraternisations (du lointain facile au difficile prochain). Ton
emprise, ton empire s’effondreront.
À
toi venu d’« en bas », de là-bas, des
quartiers, je dirai : désapprends le verlan et l’esprit
de revanche, la loi du silence et l’enfermement dans ta «
différence », dans ta communauté. Désapprends
la violence, le ghetto, le ressentiment. Pour toi, ce sera dur,
tu
vis dans l’urgence et l’impatience. Désapprends à
tuer le temps, désapprends l’ennui, désapprends
les ersatz de vie. Désapprends le stade, la boîte of
night, la Golf fumée et sonorisée.
Et
toi, venu d’« en haut », de la ville de Sarkozy
(3), de Neuilly et des quartiers chics super-vigilisés,
désapprends le BC-BG, les mondanités, l’hypocrisie,
le cynisme. Désapprends Saint-Tropez, les îles à
cocotiers, les safaris, les raids dans le désert, le
hors-piste, la snifferie. Désapprends les paradis fiscaux, les
comptes suisses. Pour toi, ce sera dur, tu vis dans la puissance, le
« tout m’est possible », le « tout m’est
permis ». Désapprends l’impunité.
Dans
les lycées du IIIe millénaire, allègrement, on
apprendra à se désintoxiquer, à se purger. Des
déformations initiales et continues transmises par maman aux
si petits, par papa aux si peu grands. Des méconnaissances
présentées comme savoirs par les sophistes déformant
nos enfants et adolescents. Dans les lycées du IIIe
millénaire, on aura besoin de vomissoirs plus que
d’entonnoirs.
Déjà
Ponocrates, le précepteur de Gargantua lui avait fait
administrer par un médecin, une purge pour le débarrasser
des mauvaises influences des rhéteurs et autres habiles
manieurs de mots, détourneurs de fond(s), avant de proposer à
cet esprit à nouveau vierge, une éducation idéale,
consciente que science sans conscience n’est que ruine de
l’âme, consciente que rire de soi est le purgatif, le
vomitif garant de notre bonne santé d’homme de Thélème,
d’homme du Désir. Dans les lycées du IIIe
millénaire, on complètera la classe comme lieu
républicain (lieu de la raison, du droit, du bien commun) avec
la classe comme lieu démocratique (lieu du désir, de
l’épanouissement de chacun).
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Le document Peut-on devenir cause de soi-même? par Jean-Claude Grosse appartient à la rubrique Philosophie qui elle même appartient à la thématique Social.
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