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Le comique; tous le genres

foufaa3 - Mise à jour : 09/12/2009

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Extrait / Introduction

Extrait / Introduction :

Le comique semble ne pas avoir de limites identifiables et ne se laisse appréhender que par le croisement de nombreuses définitions. Le comique est-il dans le nom, dans l’adjectif ? Doit-on le circonscrire grâce à ses contraires, le sérieux, le tragique ou le pathétique ? Le comique est-il spécifiquement théâtral ? Est-il un genre, un registre, un effet ? Est-il nécessairement toujours littéraire ? Se manifeste-t-il nécessairement par les mots, les gestes, les situations ou le caractère ou les moeurs d’un personnage ? Se manifeste-t-il par des procédés d’écriture particuliers qu’il ne partagerait avec aucun autre registre ? Le choix de ces procédés dépend-il de la situation d’énonciation ? Est-il toujours physiologiquement associé au rire, au sourire ? Le comique a-t-il une histoire, faite des variations de ce que l’on trouve comique, mais aussi des sens qu’on a pu attribuer à ce mot ? Si le comique est perturbation, il invite toujours à une réflexion, à commencer sur lui-même. Étymologiquement le comique est lié au théâtre, il est d’abord l’adjectif qui désigne ce qui a trait à l’art des comédiens, comme le rappelle le titre de la méta-théatrale Illusion comique de Corneille. En effet, ce titre ne renvoie pas au rire mais à l’illusion dramatique, et se fonde de celle-ci (un père croit voir son fils mourir en réalité alors que ce dernier joue une tragédie) faire un éloge du théâtre dont l’argument principal est la puissance de son effet. Mais le comique terme de théâtre, a également été depuis l’origine le revers du tragique, la comédie le revers de la tragédie, tant leurs deux visées, le rire et les larmes, paraissent opposées. Les deux visages du théâtre s’opposent aussi par leurs tonalités, la légère contre la sérieuse, par les groupes sociaux qu’elles représentent – les sphères du pouvoir, celles d’une intimité bourgeoise urbaine -, par l’époque – antique et contemporaine - dans laquelle ils s’ancrent. Le comique « MOI QUI POURRAIS MORDRE, JE RIS. » HUGO « Tout contribuait à rendre cette scène tristement comique. » BALZAC, Eugénie Grandet Le comique est donc indissociable d’une histoire lexicale, qui le lie à une histoire théâtrale. Est d’abord comique ce que l’on voit sur la scène, plus tard ce qui suscite le rire. Cette théâtralité du comique renvoie à un point essentiel de sa définition : le comique concerne d’abord le regard, le regard d’un tiers sur ce qui se constitue sous ses yeux comme un spectacle – le mot « théâtre » signifie « le lieu où l’on voit » - spectacle dont on a nettement conscience qu’il n’est qu’une réalité dédoublée. Il est ensuite essentiellement affaire de langage, d’un langage là aussi dédoublé par rapport au langage du réel, dont il est certes une imitation apparemment fidèle, mais dont il laisse apparaître ostensiblement les accidents divers. Il est enfin le lieu du rire du corps. « Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! / Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid ! » BAUDELAIRE, « L’albatros » En effet, le comique est indissociablement lié au corps. D’abord parce qu’il est une manifestation du corps, une manifestation irrépressible du corps, pour reprendre les mots du neurophysiologiste Henri Rubinstein « la volonté ne peut quasiment pas arrêter le rire »1. Le rire ne se contrôle pas. Et sans doute pour cela que le comique se marie si bien avec la brièveté du poème, de la nouvelle, de la pointe ou de l’échange cinglant. Chaplin observait qu’on ne pouvait rire sans discontinuer et que ses films alternaient par nécessité les séquences drôles et émouvantes. Le corps a longtemps été réputé déformé par le rire, ce qui en a accentué la mauvaise réputation. Mais le comique a aussi trait au corps parce que c’est d’abord le corps des autres qui nous fait rire. Pour reprendre la subdivision traditionnelle des comiques, il existe un comique du difforme (comique de forme, la caricature), un comique du geste, dont la grammaire repose exclusivement sur les usages du corps. La commedia dell’arte, le cinéma burlesque sont les manifestations les plus claires de cette prééminence du corps dans le comique. Et jusqu’aux nouvelles comiques, Héloïse de Marcel Aymé par exemple, renouvelant sur le mode burlesque le mythe de l’échange des sexes hérité de Tirésias, c’est bien du corps et de ses maladresses que l’on rit. Le comique dit « de mots » lui-même paraît lié aux accidents corporels de l’élocution (accents, redites, lapsus). « Une gravité trop étudiée devient comique ; ce sont comme des extrémités qui se touchent et dont le milieu est dignité. » LA BRUYÈRE, Caractères Nombre de critiques l’ont noté, le comique est lié à la perturbation d’un ordre, à la mise à mal d’une logique. Qu’il s’agisse de la fantaisie verbale propre aux poèmes zutistes ou des chutes de la farce, le rire naît d’un contraste entre une attente insatisfaite et un événement inattendu, incongru. On manifeste alors par le rire notre surprise face à cette irruption de l’insolite. On pourrait qualifier ce phénomène comique d’effet d’impertinence, au sens premier du terme. On rit de ce qui manque de pertinence, comme la parodie s’écarte sciemment de son modèle pour en rire. Les comportements excessifs et théâtraux des personnages des Caractères de la Bruyère dérogent ainsi aux règles élémentaires de l’harmonie classique et à la norme de l’honnête homme. Le comique est en cela bien souvent un moyen de signaler en creux une norme, une normalité, un naturel, qu’exhibe le contraste entre le raisonneur et le bizarre moliéresques, un Chrysalde et un Arnolphe pour prendre l’exemple de L’École des femmes. Et si une des formes les plus efficaces du comique est fondée sur l’autodérision, c’est peut-être parce que c’est l’estime de soi, valeur des plus précieuses, que l’on maltraite. Ce comique, parce qu’il traduit la conscience aigue de l’impertinence, et la maîtrise de toutes ses données, révèle aussi la volubilité et la virtuosité de l’auteur comique, et partant son pouvoir. Que l’on songe par exemple à l’usage que fait Cyrano du contre-blason de son propre nez dans la pièce de Rostand. « Moi qui pourrais mordre, je ris. » HUGO, « Hilaritas » Mais cette notion d’impertinence permet d’embrasser un aspect plus vaste du comique qui n’est pas nécessairement lié au rire. En effet, pour qu’il y ait contraste, le comique appuie souvent sa mécanique sur des jeux d’opposition et de conflit. Un fort et un faible, un petit et un grand, un savant et un ignorant. Et ce rapport de force se fonde souvent sur le défi : le rire est bien souvent voisin de l’audace, du risque, et confère au comique une position de surplomb immédiatement ressentie. Le comique, on l’a souvent dit, est aussi un mode de transgression des normes sociales et morales. Les rires les plus puissants proviennent précisément de ce dont on ne doit pas rire, ni même parler, le comique se faisant libérateur et contestataire dans le même élan. Le rapport maître-valet, vagabond-policier est fondateur d’un comique d’impertinence, au sens social cette fois-ci. DOSSIER

Plan

Plan :

Le comique semble ne pas avoir de limites identifiables et ne se laisse appréhender que par le croisement de nombreuses définitions. Le comique est-il dans le nom, dans l’adjectif ? Doit-on le circonscrire grâce à ses contraires, le sérieux, le tragique ou le pathétique ? Le comique est-il spécifiquement théâtral ? Est-il un genre, un registre, un effet ? Est-il nécessairement toujours littéraire ? Se manifeste-t-il nécessairement par les mots, les gestes, les situations ou le caractère ou les moeurs d’un personnage ? Se manifeste-t-il par des procédés d’écriture particuliers qu’il ne partagerait avec aucun autre registre ? Le choix de ces procédés dépend-il de la situation d’énonciation ? Est-il toujours physiologiquement associé au rire, au sourire ? Le comique a-t-il une histoire, faite des variations de ce que l’on trouve comique, mais aussi des sens qu’on a pu attribuer à ce mot ? Si le comique est perturbation, il invite toujours à une réflexion, à commencer sur lui-même. Étymologiquement le comique est lié au théâtre, il est d’abord l’adjectif qui désigne ce qui a trait à l’art des comédiens, comme le rappelle le titre de la méta-théatrale Illusion comique de Corneille. En effet, ce titre ne renvoie pas au rire mais à l’illusion dramatique, et se fonde de celle-ci (un père croit voir son fils mourir en réalité alors que ce dernier joue une tragédie) faire un éloge du théâtre dont l’argument principal est la puissance de son effet. Mais le comique terme de théâtre, a également été depuis l’origine le revers du tragique, la comédie le revers de la tragédie, tant leurs deux visées, le rire et les larmes, paraissent opposées. Les deux visages du théâtre s’opposent aussi par leurs tonalités, la légère contre la sérieuse, par les groupes sociaux qu’elles représentent – les sphères du pouvoir, celles d’une intimité bourgeoise urbaine -, par l’époque – antique et contemporaine - dans laquelle ils s’ancrent. Le comique « MOI QUI POURRAIS MORDRE, JE RIS. » HUGO « Tout contribuait à rendre cette scène tristement comique. » BALZAC, Eugénie Grandet Le comique est donc indissociable d’une histoire lexicale, qui le lie à une histoire théâtrale. Est d’abord comique ce que l’on voit sur la scène, plus tard ce qui suscite le rire. Cette théâtralité du comique renvoie à un point essentiel de sa définition : le comique concerne d’abord le regard, le regard d’un tiers sur ce qui se constitue sous ses yeux comme un spectacle – le mot « théâtre » signifie « le lieu où l’on voit » - spectacle dont on a nettement conscience qu’il n’est qu’une réalité dédoublée. Il est ensuite essentiellement affaire de langage, d’un langage là aussi dédoublé par rapport au langage du réel, dont il est certes une imitation apparemment fidèle, mais dont il laisse apparaître ostensiblement les accidents divers. Il est enfin le lieu du rire du corps. « Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! / Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid ! » BAUDELAIRE, « L’albatros » En effet, le comique est indissociablement lié au corps. D’abord parce qu’il est une manifestation du corps, une manifestation irrépressible du corps, pour reprendre les mots du neurophysiologiste Henri Rubinstein « la volonté ne peut quasiment pas arrêter le rire »1. Le rire ne se contrôle pas. Et sans doute pour cela que le comique se marie si bien avec la brièveté du poème, de la nouvelle, de la pointe ou de l’échange cinglant. Chaplin observait qu’on ne pouvait rire sans discontinuer et que ses films alternaient par nécessité les séquences drôles et émouvantes. Le corps a longtemps été réputé déformé par le rire, ce qui en a accentué la mauvaise réputation. Mais le comique a aussi trait au corps parce que c’est d’abord le corps des autres qui nous fait rire. Pour reprendre la subdivision traditionnelle des comiques, il existe un comique du difforme (comique de forme, la caricature), un comique du geste, dont la grammaire repose exclusivement sur les usages du corps. La commedia dell’arte, le cinéma burlesque sont les manifestations les plus claires de cette prééminence du corps dans le comique. Et jusqu’aux nouvelles comiques, Héloïse de Marcel Aymé par exemple, renouvelant sur le mode burlesque le mythe de l’échange des sexes hérité de Tirésias, c’est bien du corps et de ses maladresses que l’on rit. Le comique dit « de mots » lui-même paraît lié aux accidents corporels de l’élocution (accents, redites, lapsus). « Une gravité trop étudiée devient comique ; ce sont comme des extrémités qui se touchent et dont le milieu est dignité. » LA BRUYÈRE, Caractères Nombre de critiques l’ont noté, le comique est lié à la perturbation d’un ordre, à la mise à mal d’une logique. Qu’il s’agisse de la fantaisie verbale propre aux poèmes zutistes ou des chutes de la farce, le rire naît d’un contraste entre une attente insatisfaite et un événement inattendu, incongru. On manifeste alors par le rire notre surprise face à cette irruption de l’insolite. On pourrait qualifier ce phénomène comique d’effet d’impertinence, au sens premier du terme. On rit de ce qui manque de pertinence, comme la parodie s’écarte sciemment de son modèle pour en rire. Les comportements excessifs et théâtraux des personnages des Caractères de la Bruyère dérogent ainsi aux règles élémentaires de l’harmonie classique et à la norme de l’honnête homme. Le comique est en cela bien souvent un moyen de signaler en creux une norme, une normalité, un naturel, qu’exhibe le contraste entre le raisonneur et le bizarre moliéresques, un Chrysalde et un Arnolphe pour prendre l’exemple de L’École des femmes. Et si une des formes les plus efficaces du comique est fondée sur l’autodérision, c’est peut-être parce que c’est l’estime de soi, valeur des plus précieuses, que l’on maltraite. Ce comique, parce qu’il traduit la conscience aigue de l’impertinence, et la maîtrise de toutes ses données, révèle aussi la volubilité et la virtuosité de l’auteur comique, et partant son pouvoir. Que l’on songe par exemple à l’usage que fait Cyrano du contre-blason de son propre nez dans la pièce de Rostand. « Moi qui pourrais mordre, je ris. » HUGO, « Hilaritas » Mais cette notion d’impertinence permet d’embrasser un aspect plus vaste du comique qui n’est pas nécessairement lié au rire. En effet, pour qu’il y ait contraste, le comique appuie souvent sa mécanique sur des jeux d’opposition et de conflit. Un fort et un faible, un petit et un grand, un savant et un ignorant. Et ce rapport de force se fonde souvent sur le défi : le rire est bien souvent voisin de l’audace, du risque, et confère au comique une position de surplomb immédiatement ressentie. Le comique, on l’a souvent dit, est aussi un mode de transgression des normes sociales et morales. Les rires les plus puissants proviennent précisément de ce dont on ne doit pas rire, ni même parler, le comique se faisant libérateur et contestataire dans le même élan. Le rapport maître-valet, vagabond-policier est fondateur d’un comique d’impertinence, au sens social cette fois-ci. DOSSIER

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