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dom juan acte 1 scène 2

miss06510 - Mise à jour : 06/10/2009


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Extrait / Introduction

DOM JUAN: Quoi? tu veux qu'on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu'on renonce au monde pour lui, et qu'on n'ait plus d'yeux pour personne? La belle chose de vouloir se piquer d'un faux honneur d'être fidèle, de s'ensevelir pour toujours dans une passion, et d'être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux! Non, non: la constance n'est bonne que pour des ridicules; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l'avantage d'être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu'elles ont toutes sur nos cours. Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne. J'ai beau être engagé, l'amour que j'ai pour une belle n'engage point mon âme à faire injustice aux autres; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages et les tributs où la nature nous oblige. Quoi qu'il en soit, je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je vois d'aimable; et dès qu'un beau visage me le demande, si j'en avais dix mille, je les donnerais tous. Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l'amour est dans le changement. On goûte une douceur extrême à réduire, par cent hommages, le cœur d'une jeune beauté, à voir de jour en jour les petits progrès qu'on y fait, à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l'innocente pudeur d'une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu'elle nous oppose, à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir. Mais lorsqu'on en est maître une fois, il n'y a plus rien à dire ni rien à souhaiter; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d'un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d'une conquête à faire. Enfin il n'est rien de si doux que de triompher de la résistance d'une belle personne, et j'ai sur ce sujet l'ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n'est rien qui puisse arrêter l'impétuosité de mes désirs: je me sens un cœur à aimer toute la terre; et comme Alexandre, je souhaiterais qu'il y eût d'autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.

Plan

Dom Juan de Molière L’éloge de l’inconstance ID FDL : 463 « Dom Juan » de Molière: L’éloge de l’inconstance Sommaire Une théorie de la séduction Le portrait d’un conquérant Analyse L’éloge de l’inconstance Dom Juan est l’une des comédies les plus connues de Molière. Dès sa première représentation, en 1665, la pièce connaît le succès mais entraîne aussi le scandale et le déchaînement des dévots, en raison de l’esprit profondément libertin du héros éponyme Don Juan. Le texte que nous avons à étudier, extrait de la scène 2 de l’acte I, est une tirade prononcée par ce dernier dans laquelle il développe sa conception de l’amour fondée sur l’inconstance du désir. En effet, s’adressant à Sganarelle, il se révolte contre la pensée conformiste de son valet qui croit en la vertu du mariage. Lecture Nous nous demanderons donc dans quelle mesure, à travers cette tirade, se profile le portrait d’un libertin qui ne croit qu’en son propre moi. Dans un premier temps, nous étudierons la façon dont Don Juan expose une véritable théorie de la séduction. Dans un second temps, nous verrons que nous avons affaire au portrait d’un conquérant. I Une théorie de la séduction : 1- Le refus du conformisme : Tout d’abord, cette longue tirade s’apparente à une profession de foi : Don Juan y développe sa conception de l’amour. Il trace son autoportrait en libertin, avide de plaisir et théoricien talentueux de l’amour. En effet, il affirme son refus de se soumettre à la pensée communément admise d’après laquelle chaque homme est destiné à se marier afin de passer son existence avec ce même être. Dans cette scène, cette idée est incarnée par le valet Sganarelle, auquel réfère le « tu » du héros. La tirade s’ouvre alors sur l’interjection « Quoi ! », suivie d’une phrase marquée par un rythme ternaire : « qu’on se lie », « qu’on renonce », « qu’on n’ait plus » (l.1, 2,3). Cette première phrase de la tirade, particulièrement rythmée, montre toute la violence du propos de Don Juan, sa forte opposition aux mœurs de son temps. En outre, cette colère est repérable grâce au passage du type de phrase exclamatif (l.1), à l’interrogatif (l.3) pour enfin revenir à l’exclamatif (l.7). Le héros se révolte donc contre la pensée conformiste dont Sganarelle est le traducteur. Rien n’exaspère plus le séducteur que les chaînes de la fidélité qui stérilisent le désir et tuent l’homme. 2- Un plaidoyer très bien construit : De plus, afin de prouver la validité de son propos à son valet, il se livre à une véritable argumentation dont la thèse apparaît au centre de la tirade sous la forme d’un proverbe : « tout le plaisir de l’amour est dans le changement » (l.22). En effet, nous relevons différents arguments permettant de démontrer la validité de cette thèse ; après l’exposé de sa thèse (l.1-7), Don Juan développe son premier argument qui consiste à dire que toutes les belles ont le droit de conquérir nos cœurs, car on ne peut leur refuser ce privilège (l.7-23) ; ensuite, il explique le fait qu’il est bon de vaincre une femme vertueuse, de terrasser l’innocence de la victime (l.23-37) ; enfin, son troisième et dernier argument consiste à dire que le plaisir est de se transformer en conquérant afin d’accumuler les conquêtes (l.37-45). Notons aussi l’argument d’autorité à la fin du texte : « comme Alexandre » (l.43). Cette argumentation va donc crescendo dans la proclamation de l’inconstance : de l’insoumission à l’offensive. En outre, celle-ci est parfaitement bien structurée, puisque nous relevons la présence de connecteurs logiques tels « Quoi qu’il en soit » (l.18), « Mais » (l.31), « Enfin » (l.37), « et » (l.43). A l’instabilité du désir renvoie par conséquent un plaidoyer rigoureusement construit. Cette forte opposition à la pensée commune, incarnée par Sganarelle, fait reposer le texte sur le registre polémique. Don Juan se présente ici en bon orateur. Nous pouvons dire à cet égard que nous sommes toujours dans la scène d’exposition : dans la scène précédente - la première- nous n’avons eu que le portrait fait par le valet ; or, ici, c’est le héros lui-même qui se présente au public. Insoumis à la pensée commune, orateur, séducteur, tels sont les traits caractéristiques de sa personnalité. 3- L’éloge de l’inconstance : Enfin, l’étude de cette argumentation nous amène à voir que nous avons affaire à un éloge de la beauté féminine et du plaisir procuré par l’inconstance. Pour Don Juan, le désir insatiable est le moteur de la vie. Si l’on se soumet à la morale, on perd sa liberté, puisque le destin de la nature humaine est de charmer et d’être charmé. Aussi relevons-nous un important champ lexical du charme féminin dont l’homme doit profiter afin d’éprouver sa liberté naturelle : « beautés » (l.7), « belles » (l.9), « beauté » (l.12), « belle » (l.15), « aimable » (l.19), « beau » (l.20), « charmes » (l.22), « charmes attrayants » (l.36)... Don Juan use donc de ce lexique mélioratif, laudatif, afin de prouver qu’il est naturel de céder à la tentation, tant condamnée à son époque. Céder à cette tentation fait éprouver une « douce violence » (l.13). Cet oxymore illustre la sensation éprouvée par Don Juan à la vue d’une nouvelle « proie » potentielle. De fait, elle est « douce » car, à l’éveil du désir, une sensation de bien-être l’envahit ; mais elle est violente car elle ranime l’énergie, régénère l’être qui, tel le phénix, renaît des cendres de sa flamme. Ainsi, nous avons affaire à un véritable éloge de la beauté féminine et du bonheur ressenti par l’homme prêt à user de ses talents de séducteur. En ce sens, nous pouvons affirmer que Don Juan, en livrant ici sa propre conception du sentiment amoureux, se fait théoricien de l’amour. Nous sommes donc toujours dans la scène d’exposition, qui vise à livrer au spectateur les informations nécessaires à la bonne compréhension de la pièce : Don Juan est véritablement un libertin. Mais à travers cette longue tirade, ne se dresse-t-il pas le portrait d’un conquérant ? II Le portrait d’un conquérant : 1- Un parfait orateur : En effet, nous avons certes le portrait d’un parfait libertin, mais aussi celui d’un conquérant. Le libertinage de Don Juan passe par la volonté de conquérir. Être le maître d’un cœur ne suffit pas, il faut parcourir des contrées inconnues pour ravir des cœurs toujours différents. Aussi, l’unité de lieu, propre à l’esthétique classique, va-t-elle sans doute être enfreinte. Tout d’abord, il apparaît au spectateur comme un beau parleur. En effet, il utilise un vocabulaire très imagé. Par exemple, dans le but de démontrer que rien n’est plus contraire à la nature humaine que la convention du mariage, il use de la métaphore de l’ « auto inhumation » : « de s’ensevelir pour toujours dans une passion, et d’être mort dès sa jeunesse » (l.5, 6). Afin de prouver à Sganarelle que les chaînes de la fidélité, imposées par le mariage, stérilisent le désir et tuent l’homme, il utilise des images très évocatrices, rendant ainsi son argumentation plus forte. De plus, toujours avec cette même volonté, il use d’un vocabulaire hyperbolique : « on renonce au monde » (l.2), « mort » (l.6), « si j’en avais dix mille » (l.20), « par cent hommages » (l.24), « aimer toute la terre » (l.43), « Alexandre » (l.43). Don Juan se présente donc comme un fin orateur, sachant exploiter les ressources du langage afin de persuader son auditoire. Le spectateur en déduit bien évidemment qu’il use de cette facilité-là pour gagner les cœurs féminins. 2- Le propriétaire de la gente féminine : En outre, il affirme désirer être le propriétaire de la gente féminine. Il rêve d’être le maître du monde du désir et de détenir non pas une seule mais toute les âmes. Son ambition n’est pas celle d’un homme mais bien plutôt celle d’un Dieu qui possèderait les âmes féminines. A cet égard, notons la présence du champ lexical du regard : « yeux » (l.3), « yeux » (l.7), « yeux » (l.16), « voir » (l.16), « vois » (l.19), « voir » (l.25). Don Juan fait ainsi part de l’importance du regard puisque celui-ci est à l’origine même de la stratégie du séducteur. Tel un chasseur, il guette la proie qui peut provenir de tout lieu. Le culte du regard dit à quel point, pour le libertin, les sens l’emportent sur la raison, l’éducation, la coutume et la religion. Un tel point de vue et une telle force de conviction dans les propos n’ont pu être tolérés à la fin du 17ème siècle : la règle de la bienséance, interdisant tout propos constituant une atteinte aux bonnes mœurs, n’est pas respectée. Aussi la pièce est-elle interdite après être restée cinq semaines à l’affiche. 3- Un conquérant : Enfin, outre le fait que Don Juan peut être assimilé à un chasseur, il s’apparente aussi et surtout à un conquérant. Alors que le « maître » se satisfait de posséder, le conquérant jouit de repousser les limites de ses possibilités et parcourt le pays des femmes comme des territoires à emporter. Cette possession infinie se repère grâce au champ lexical du combat : « combattre » (l.26), « armes » (l.28), « vaincre » (l.29), « conquêtes » (l.37), « conquérants » (l.39), « de victoire en victoire » (l.40), « Alexandre » (l.43), « conquêtes amoureuses » (l.45). Son souhait le plus cher est donc de ne jamais s’arrêter et de courir de femme en femme, de trophée en trophée. En rébellion contre l’institution sacrée du mariage, le voilà devenu un autre Alexandre, assoiffé de victoires galantes. Notons d’ailleurs la présence de deux métaphores de victoires militaires : « l’ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire » (l.39), « étendre mes conquêtes amoureuses » (l.44). Bien que nous ayons parlé ci-dessus d’un registre polémique, force est de constater que ces métaphores guerrières, ajoutées au lexique du combat et au style hyperbolique, peuvent aussi nous faire parler d’un registre épique. Souhaitant satisfaire un désir érotique insatiable, il se lance de façon effrénée à la poursuite de victoires amoureuses. Mais déjà, dès la scène d’exposition, il annonce que rien ne l’arrêtera dans sa folle course vers l’enfer. Il souhaite conquérir « d’autres mondes » alors que sa fin est imminente. Ainsi, la tirade argumentative de Don Juan est un beau morceau d’éloquence au service d’une pensée du désordre, immorale et pourtant héroïque. Le héros se montre à la fois bon orateur, séducteur, conquérant, mais aussi profondément solitaire. En effet, bien qu’il apprécie la beauté naturelle des femmes, il est obsédé par le charme narcissique de son propre désir : seul son plaisir individuel et solitaire compte pour lui. Aussi mourra-t-il seul, foudroyé par la colère divine, sous les yeux de son valet. En se faisant génie dans le mal, il s’oppose à ses semblables qu’il taxe d’hypocrisie. Molière a-t-il donc voulu dénoncer les vices de l’impiété et de la luxure dans Dom Juan, conformément à la volonté moralisatrice de l’art de la seconde moitié du 17ème ? A-t-il souhaité mettre en lumière l’hypocrisie des dévots empêchant sa dernière comédie, Tartuffe, d’être jouée sur la scène du Palais Royal ? A-t-il voulu exprimer le vide existentiel d’un homme représentant le commun des mortels ? Le sens de cette comédie aux accents tragiques reste encore à découvrir.

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Avis sur dom juan acte 1 scène 2
13 /20
Il est très bien!
C'est bien détaillé


maimouna06 le 14/10/2009

Le document dom juan acte 1 scène 2 appartient à la rubrique Commentaire qui elle même appartient à la thématique Français.

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