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emmy74 - Mise à jour : 16/06/2009
Extrait / Introduction
Lecture analytique sur la lettre X \"Sur le commerce\" de Voltaire est un cours de Français Analytique de Lycée, proposé par emmy74
Extrait / Introduction :
Lettres Philosophiques :
- écrites en 1726 lors de son exil en Angleterre dû à une dispute avec le Chevalier de Rohan
- il y découvre et admire la monarchie parlementaire et la réussite de la modernisation du pays
- occasion pour lui de valoriser le système anglais et de critiquer le système français
- publié en 1734 en France mais Voltaire est aussitôt exilé en Champagne
Lettre X :
- lettre sans destinataire mentionné
- en fait, essai sur différents sujets dont le genre épistolaire revendiqué travaille sur l’implicite : Voltaire écrit en fait à la France (...)
Plan
Plan :
Exemple de page de Lecture analytique sur la lettre X "Sur le commerce" de Voltaire
Lettres philosophiques de Voltaire
Lettre X : Sur le commerce
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Texte :
Le commerce, qui a enrichi les citoyens en Angleterre, a contribué à les rendre libres, et cette liberté a étendu le commerce à son tour; de là s'est formée la grandeur de l'Etat; c'est le commerce qui a établi peu à peu les forces navales, par qui les Anglais sont les maîtres des mers. Ils ont à présent près de deux cents vaisseaux de guerre; la postérité apprendra peut-être avec surprise qu'une petite île, qui n'a de soi-même qu'un peu de plomb, de l'étain, de la terre à foulon, et de la laine grossière, est devenue par son commerce assez puissante pour envoyer en 1723 trois flottes à la fois en trois extrémités du monde, l'une devant Gibraltar conquise et conservée par ses armes, l'autre à Porto-Bello pour ôter au roi d'Espagne la jouissance des trésors des Indes, et la troisième dans la Baltique pour empêcher les puissances du nord de se battre.
Quand Louis XIV faisait trembler l’Italie, et que ses armées déjà maîtresses de la Savoie et du Piémont étaient prêtes de prendre Turin, il fallut que le prince Eugène marchât du fond de l’Allemagne au secours du duc de Savoie; il n'avait point d'argent sans quoi on ne prend ni ne défend les villes, il eut recours à des marchands anglais; en une demi-heure de temps on lui prêta cinquante millions, avec cela il délivra Turin, battit les Français, et écrivit à ceux qui avaient prêté cette somme ce petit billet: "Messieurs, j'ai reçu votre argent et je me flatte de l'avoir employé à votre satisfaction."
Tout cela donne un juste orgueil à un marchand anglais, et fait qu'il ose se comparer, non sans quelque raison, à un citoyen romain. Aussi le cadet d'un pair du royaume ne dédaigne point le négoce. Milord Townshend, ministre d’Etat, a un frère qui se contente d’être marchand dans la Cité. Dans le temps que Milord Oxford gouvernait l’Angleterre, son cadet était facteur à Alep, d’où il ne voulut pas revenir, et où il est mort.
Cette coutume, qui pourtant commence trop à se passer, paraît monstrueuse à des Allemands entêtés de leurs quartiers; ils ne sauraient concevoir que le fils d'un pair d'Angleterre ne soit qu'un riche et puissant bourgeois, au lieu qu'en Allemagne tout est prince; on a vu jusqu'à trente altesses du même nom, n'ayant pour tout bien que des armoiries et de l'orgueil.
En France est marquis qui veut, et quiconque arrive à Paris du fond de sa province avec de l'argent à dépenser et un nom en ac ou en ille peut dire "un homme comme moi, un homme de ma qualité", et mépriser souverainement un négociant; le négociant entend lui-même parler si souvent avec dédain de sa profession qu'il est assez sot pour en rougir; je ne sais pourtant lequel est le plus utile à un Etat, ou un seigneur bien poudré qui sait précisément à quelle heure le roi se lève, à quelle heure il se couche, et qui se donne des airs de grandeur en jouant le rôle d'esclave dans l'antichambre d'un ministre, ou un négociant qui enrichit son pays, donne de son cabinet des ordres à Surate et au Caire, et contribue au bonheur du monde.
Éléments d’introduction et contexte :
Voltaire :
- philosophe et écrivain engagé : esprit provocateur, aspirant à plus de liberté
- emprisonné, exilé de nombreuses fois pour ses écrits
- anagramme d’Arouet le Jeune (AROVET L I)
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