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emmy74 - Mise à jour : 16/06/2009
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Niveau : Lycée
Extrait / Introduction
Lecture analytique sur \"Torture\" de Voltaire est un cours de Français Analytique de Lycée, proposé par emmy74
Extrait / Introduction :
Voltaire :
- philosophe et écrivain engagé : esprit provocateur, aspirant à plus de liberté
- emprisonné, exilé de nombreuses fois pour ses écrits
- anagramme d’Arouet le Jeune (AROVET L I)
- à écrit des traités, tragédies, poèmes, …
- torture abolie en 1780 (...)
Plan
Plan :
Exemple de page de Lecture analytique sur "Torture" de Voltaire
Dictionnaire philosophique portatif de Voltaire
Torture
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Texte :
Les Romains n'infligèrent jamais la torture qu'aux esclaves, mais les esclaves n'étaient pas comptés pour des hommes. Il n'y a pas d'apparence non plus qu'un conseiller de la Tournelle regarde comme un de ses semblables un homme qu'on lui amène hâve, pâle, défait, les yeux mornes, la barbe longue et sale, couvert de la vermine dont il a été rongé dans un cachot. Il se donne le plaisir de l'appliquer à la grande et à la petite torture, en présence d'un chirurgien qui lui tâte le pouls, jusqu'à ce qu'il soit en danger de mort, après quoi on recommence ; et comme dit très bien la comédie des Plaideurs : "Cela fait toujours passer une heure ou deux".
Le grave magistrat qui a acheté pour quelque argent le droit de faire ces expériences sur son prochain va conter à dîner à sa femme ce qui s'est passé le matin. La première fois, madame en a été révoltée ; à la seconde, elle y a pris goût, parce qu'après tout les femmes sont curieuses ; ensuite, la première chose qu'elle lui dit lorsqu'il rentre en robe chez lui : « Mon petit coeur, n'avez-vous fait donner aujourd'hui la question à personne ? »
Les Français, qui passent, je ne sais pourquoi, pour un peuple fort humain, s'étonnent que les Anglais, qui ont eu l'inhumanité de nous prendre tout le Canada, aient renoncé au plaisir de donner la question.
Lorsque le chevalier de La Barre, petit-fils d'un lieutenant général des armées, jeune homme de beaucoup d'esprit et d'une grande espérance, mais ayant toute l'étourderie d'une jeunesse effrénée, fut convaincu d'avoir chanté des chansons impies, et même d'avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d'Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent, non seulement qu'on lui arrachât la langue, qu'on lui coupât la main, et qu'on brûlât son corps à petit feu ; mais ils l'appliquèrent encore à la torture pour savoir combien de chansons il avait chantées, et combien de processions il avait vues passer, le chapeau sur la tête.
Ce n'est pas dans le XIII° ou dans le XIV° siècle que cette aventure est arrivée, c'est dans le XVIII°. Les nations étrangères jugent de la France par les spectacles, par les romans, par les jolis vers, par les filles d'Opéra, qui ont les moeurs fort douces, par nos danseurs d'Opéra, qui ont de la grâce, par Mlle Clairon, qui déclame des vers à ravir. Elles ne savent pas qu'il n'y a point au fond de nation plus cruelle que la française.
Éléments d’introduction et contexte :
Voltaire :
- philosophe et écrivain engagé : esprit provocateur, aspirant à plus de liberté
- emprisonné, exilé de nombreuses fois pour ses écrits
- anagramme d’Arouet le Jeune (AROVET L I)
- à écrit des traités, tragédies, poèmes, ...
- torture abolie en 1780
Les procédés rhétoriques et leur interprétation :
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Procédés |
Interprétations |
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« il n’y à point au fond de nation plus cruelle que la Française » |
Voltaire affirme à la fin de l’article la thèse qui a défendue |
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CL misère & souffrance : « hâve, pâle, défait, les yeux mornes, la barbe longue et sale, couvert de la vermine dont il a été rongé dans un cachot » |
Attire l’attention du lecteur sur l’absence de compassion des bourreaux qui, eux, ne sont pas sensibles à cet état de délabrement physique et psychologique qu’offrent les victimes de la question. |
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Vérifier « le pouls, jusqu’à ce qu’il soit en danger » |
Il est absolument nécessaire que la victime reste en vie pour être torturée car le but de la torture n’est ni la mort ni d’éventuels aveux, mais la souffrance uniquement |
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Périphrase « son prochain » et « un de ses semblables » |
Rappellent le statut d’humain et non d’animaux des victimes de la torture et soulignent par l’emploi du pronom possessif qu’ils sont censés être égaux |
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CL justice : « conseiller de la Tournelle », « magistrat », « en robe », « juges d’Abbeville » |
Pose immédiatement la cible des attaques de Voltaire : la justice et ceux charger de l’appliquer. Ceux-ci sont par ailleurs délégitimés dans leurs fonctions puisque cette phrases « a acheté pour quelque argent » ? suggère que ces hommes n’ont aucune formation et se contente d’acheter leur charge |
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Association du CL torture : « torture », « question », « arrachât la langue », « brûlât son corps », « coupât la main » et du CL plaisir « plaisir de l’appliquer », « comédie », « conté à dîner à sa femme ce qui s’est passé le matin », « y a pris goût » |
Insiste sur le sadisme des juges qui savourent les moments passés à torturer autrui |
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Euphémisme « ces expériences » |
Souligne l’aspect anodin et banal que semble avoir pris la torture en France, réduite à l’état d’expérimentation. Il y a un décalage entre la légèreté du mot choisi et la gravité des actes commis. |
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« petit-fils d’un lieutenant » |
La victime est décrite comme un jeune homme respectable ? c’est un héritier d’une grande et valeureuse lignée, il est donc doté d’admirables qualités |
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« chanter des chansons impies et même d’avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau » |
Voltaire dénonce l’absurdité des motifs de sa mise à la question, un crime plutôt dérisoire |
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Enumération des supplices du Chevalier |
Forme une longue phrase oratoire qui marque les esprits sur l’horreur des sévices tandis que se dessine dans l’esprit du lecteur une image affreuse de cet homme |
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Après lui avoir coupé la langue, les juges veulent savoir combien de chansons il a chanté |
Incohérence absolue d’interroger un homme désormais muet |
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« je ne sais pourquoi » |
Voltaire fait comprendre à son lecteur que les nations étrangères auraient au contraire toutes les raisons de ne pas considérer les Français comme « un peuple fort humain » |
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CL culture : « spectacles », « romans », « jolis vers », « Opéra », « danseurs », « vers » |
Suggère que l’on confond richesse culturelle et valeur morale. Les Français portent certes la culture à un haut rang mais n’en sont pas moins d’une grande cruauté dans d’autres pratiques. |
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Le document Lecture analytique sur "Torture" de Voltaire appartient à la rubrique Analytique qui elle même appartient à la thématique Français.
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