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Le misanthrope, une comédie sociale

charlotteman - Mise à jour : 12/04/2010

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Extrait / Introduction

Extrait / Introduction :

A l’inverse de nombreuses de ses comédies, Le Misanthrope est pour Molière le fruit d’un long travail. S’écartant du comique trivial de la farce ainsi que du comique d’intrigue, cette comédie met en scène la noblesse, et Alceste en son sein, l’homme qui haïssait les hommes. N’ayant pas reçu le succès escompté devant le public (un public de la ville, celui de la cour s’étant éloigné de Versailles au moment des premières représentations, qui est mal préparé à cette représentation critique de l’aristocratie), la critique contemporaine, saura pourtant reconnaître un chef-d’œuvre. C’est le cas de Donneau de visée, auteur d’un périodique à succès, qui écrit alors dans sa lettre sur la comédie du « Misanthrope », « dans cette comédie, l’on peut voir tout ce que l’on peut dire contre les mœurs du siècle ». Cette comédie semble donc, au-delà de son but premier semble-t-il, d’étudier un type de caractère comme le titre laisse présager, pouvoir assumer aussi ce rôle de traiter des problèmes des hommes et de leur société par le biais du rire et d’une écriture ludique présentant une satire des mœurs. De nos jours, Jules Brody écrit à propos du commentaire de Donneau de Visée : « Le Misanthrope serait ainsi une comédie sociale plutôt qu’un comédie de caractère. » Nous tenterons de comprendre ce que signifie ce terme de comédie sociale et de vérifier en quoi la peinture fidèle des moeurs par l’étude approfondie des caractères sous le regard critique de Molière, serait une comédie sociale, soulevant des questions autant qu’elle essaie d’y répondre.

Plan

Plan :

1. On peut tout d’abord considérer que Molière a crée une comédie de mœurs, en ce sens qu’elle s’attache à certaines façons de penser et de vivre particulières à une certaine classe sociale, mais où l’esprit critique trouve à s’exercer dans un projet satirique. 2. La comédie sociale vient peut-être de ce mélange entre peinture des mœurs et des caractères : ces types, plus complexes que stéréotypés présentent en effet un portrait vivant du siècle, et le Misanthrope ne peut ainsi être réduit à la seule appellation de comédie de caractère. 3. Nous avons vu qu’on ne pouvait pas cantonner le Misanthrope dans le genre de la comédie de caractère(s) puisque ces caractères révèlent une étude approfondie des mœurs. On est au-delà de la satire, qui n’est que la partie visible d’une réflexion plus profonde. Nous avons affaire à une « haute comédie de mœurs », qui met à mal une société en lui posant des questions éthiques, sans apporter de réponse, et qui parle encore aux sociétés postérieures : Jules Brody en propose l’appellation de comédie sociale, et elle semble convenir.

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Le Misanthrope



A l’inverse de nombreuses de ses comédies, Le Misanthrope est pour Molière le fruit d’un long travail. S’écartant du comique trivial de la farce ainsi que du comique d’intrigue, cette comédie met en scène la noblesse, et Alceste en son sein, l’homme qui haïssait les hommes. N’ayant pas reçu le succès escompté devant le public (un public de la ville, celui de la cour s’étant éloigné de Versailles au moment des premières représentations, qui est mal préparé à cette représentation critique de l’aristocratie), la critique contemporaine, saura pourtant reconnaître un chef-d’?uvre. C’est le cas de Donneau de visée, auteur d’un périodique à succès, qui écrit alors dans sa lettre sur la comédie du « Misanthrope », « dans cette comédie, l’on peut voir tout ce que l’on peut dire contre les m?urs du siècle ». Cette comédie semble donc, au-delà de son but premier semble-t-il, d’étudier un type de caractère comme le titre laisse présager, pouvoir assumer aussi ce rôle de traiter des problèmes des hommes et de leur société par le biais du rire et d’une écriture ludique présentant une satire des m?urs. De nos jours, Jules Brody écrit à propos du commentaire de Donneau de Visée : « Le Misanthrope serait ainsi une comédie sociale plutôt qu’un comédie de caractère. » Nous tenterons de comprendre ce que signifie ce terme de comédie sociale et de vérifier en quoi la peinture fidèle des moeurs par l’étude approfondie des caractères sous le regard critique de Molière, serait une comédie sociale, soulevant des questions autant qu’elle essaie d’y répondre.



On peut tout d’abord considérer que Molière a crée une comédie de m?urs, en ce sens qu’elle s’attache à certaines façons de penser et de vivre particulières à une certaine classe sociale, mais où l’esprit critique trouve à s’exercer dans un projet satirique. 


Molière choisit ici de fustiger une classe sociale à travers le regard critique d’un misanthrope, Alceste, sur son époque : et les yeux d’Alceste sont les garants de la fidélité au réel de cette pièce, puisqu’il fait partie de cette classe sociale. Cette classe est celle de l’aristocratie, choix original de Molière qui confirme ainsi la rupture avec le comique de farce auquel il nous a habitué, représentant les domestiques. Nous sommes ici installés dans le salon de Célimène, où sont réunis des membres de l’aristocratie. Ils représentent la cour par extension, et leurs m?urs sont les m?urs du temps. On peut voir dès la première scène que la colère d’Alceste se dresse contre les « m?urs du temps », expression qui revient à plusieurs reprises, modifiée au vers 59 par « ces vices du temps ». Il nous indique rapidement en quoi ces m?urs sont l’objet de tant de haine par l’accumulation de substantifs aux vers 93-94 : « Je ne trouve partout que lâche flatterie, /Qu’injustice, intérêt, trahison, fourberie ; ». Alceste déplore ainsi une société dépourvue de vertu, vivement corrompue. C’est plus spécialement à la cour- censée donner un code de valeurs à la société- que s’attaque Alceste. Il ne souhaite de fait pas profiter de l’appui de ceux qui ont été reconnus à la cour, comme Arsinoé lui proposant d’intervenir en sa faveur : « Et j’ai des gens en main que j’emploierai pour vous » (III, 5, v.1080), en préférant plutôt se « banni{r} » (v. 1082) de la cour, n’étant pas à même de reconnaître le mérite. Artisan de son propre malheur, la perte de son procès le conforte même dans cette idée, car effectivement, l’ancien système des valeurs ne fonctionne plus.

Dans cette société mondaine de l’époque de Louis XIV, l’art de plaire est la valeur suprême. Le personnage type est celui du blondin Clitandre : la description qu’Alceste en fait à la scène 1 de l’acte II montre un personnage galant, au sens de à la mode mondaine, qui tient tout entier dans son apparence, drôlement féminine et tapageuse: il évoque « l’ongle long », «  l’amas de ses rubans » (v.484) et la voix de « fausset » (v.487) : le nom même de ce type de voix désigne la fausseté, l’hypocrisie. Cette nouvelle règle sociale ne laisse aucune place à la sincérité, au naturel. . Ici l’art de plaire est considéré comme ridicule : il n’y a qu’à voir l’accumulation de 8 questions ironiques d’Alceste à Célimène, dont « Vous êtes vous rendue, / (...) Au mérite éclatant de sa perruque blonde ? » (v. 481)  : le substantif éclatant parait plutôt lié à la couleur des cheveux que le mérite ne l’est à la perruque. Célimène est l’autre pendant du personnage type de l’art de plaire, présentée dès la scène première comme ayant « l’humeur coquette » (v.219). Elle aussi cherche à plaire physiquement, être aimée, et de tous : elle montre des égards à chacun et ainsi accorde son amour à « tout le genre humain » (v. 1701) comme le dira Oronte lors de la découverte de la tromperie, la métonymie hyperbolique qu’il emploie indique sa vexation face à l’hypocrisie dont il a été victime. Les mensonges la conduiront à se faire accabler de tous dans la scène dernière : «  voilà le trait du monde le plus noir » (v.1709). Ici, l’art de plaire est vu comme un vice entraînant le mensonge, et la trahison.

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